Ces terres sont attribuées à l'entreprise chinoise Wanbao qui exploitent le cuivre de la région sans respecter les communautés locales ni l'environnement.

Le 22 décembre 2014 dans la région de Letpadaung, une femme a été tuée et une dizaine de paysans ont été blessés alors qu’ils tentaient d’empêcher les forces de sécurité birmanes et l’entreprise Wanbao, d’installer des clôtures autour de leurs terres.

Mercredi 25 décembre, l‘hôpital de la région a confirmé que Khin Win, 50 ans, avait été tuée par une balle dans la tête. 3 villageois auraient également été blessés par balle réelles pendant l’affrontement tandis que d’autres auraient été touchés par des balles en caoutchouc.

Depuis près de 10 ans, les villageois de la région protestent contre la confiscation de leurs terres, convoitées par les autorités et les investisseurs étrangers parce qu’elles sont situées sur des gisements importants de cuivre. Les habitants des 26 villages autour de Letpadaung ont reçu l’ordre de quitter leurs maisons pour permettre à l’entreprise chinoise, Wanbao, en collaboration avec le conglomérat militaire birman (U Paing), d’exploiter la mine de cuivre de Monywa. Plus de 3 100 hectares ont déjà été saisis pour le projet, mais certains villageois refusent de quitter leurs terres et dénoncent le désastre écologique du projet d’extraction minière, son impact économique et social sur les communautés locales et la répression brutale des paysans qui refusent de céder leurs terres.

En 2012, des manifestations pacifiques avaient déjà été sévèrement réprimées par la police anti-émeute qui avait utilisé des bombes fumigènes contenant du phosphore, brulant près de 100 militants. Depuis la pression s’est accentuée contre les derniers villageois qui refusent de partir et plusieurs affrontements ont eu lieu entre la police et les paysans.

Depuis les violences de 2012, Letapdaung est devenu un symbole de l’injustice et de la répression dont sont victimes les paysans en Birmanie. Le meurtre de Khin Win par la police n’a fait que renforcer l’indignation du peuple birman qui s’est mobilisé dans les villes importantes du pays pour demander justice. Le 25 décembre, plus de 500 manifestants ont marché dans les rues de Mandalay en scandant « Nous ne voulons pas de U Paing le conglomérat militaire birman » ou « Condamnez les responsables ! ». La police les a empêchés de manifester devant le Consulat Chinois. À Rangoun, plusieurs manifestations ont également été tenues devant l’ambassade de Chine. Enfin, des militants se sont mobilisés à Prome (Pyay) et bien sûr à Letpadaung.

Le 25 décembre, l’Ambassade de Chine a présenté ses condoléances pour la mort de Khin Win tout en soulignant que les travailleurs chinois avaient été attaqués alors qu’ils « ne faisaient que mettre en œuvre pacifiquement le projet » (ils installaient les clôtures). Le lendemain l’Ambassade de Chine a publié une déclaration faisant valoir son droit à continuer le projet, arguant le fait que l’entreprise Wanbao avait suivi toutes les recommandations de la Commission d’enquête sur le conflit de Letpadaung. Cette Commission, présidée par Aung San Suu Kyi suite à la répression de 2012, était parvenue à la conclusion très impopulaire que le projet devrait se poursuivre mais que l’entreprise devait respecter les normes environnementales et créer des emplois.

Plus d’une semaine après le meurtre de la villageoise, les tensions entre Le gouvernement birman, l’entreprise chinoise et les militants ne semblent pas s’apaiser. Le 29 décembre, près de 100 villageois de Letpadaung ont détruit une clôture installée par la Myanmar Wanbao copper mining company autour d’une terre qu’elle souhaite confisquer sans leur accord. Les activistes ont établis un campement près du terrain pour demander la restitution de leurs terres saisies pour le projet. Le 30 décembre, les autorités locales ont demandé aux activistes de cesser d’entraver les clôtures et les barbelés et de se disperser. 300 forces de sécurité ont été déployées autour du campement et un couvre feu a été imposé.

Le 30 décembre, les activistes Naw Ohn Hla et Nay Myo Zin, ont été arrêtés par la police alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre Letpadaung pour soutenir les activistes locaux. Les motifs de leur arrestation restent flous mais ils sembleraient qu’elle soit liée à leur participation aux manifestations qui ont eu lieu devant l’ambassade de Chine à Rangoun.

Par Cécile Harl - Info Birmanie - 15 janvier 2015