"Je suis venu pour protester contre les Nations unies, car elles essayent de s'ingérer dans les affaires intérieures de notre pays", a déclaré à l'AFP le célèbre moine bouddhiste nationaliste Wirathu, venu manifester contre Mme Yanghee Lee, le rapporteur de l'ONU, qui a achevé vendredi un voyage de plusieurs jours en Birmanie.

Elle s'est notamment rendue dans l'Etat Rakhine, où vivent les Rohingyas, minorité musulmane considérée par l'ONU comme l'une des plus opprimées de la planète, dans ce pays en majorité bouddhiste où les tensions interreligieuses sont fortes et meurtrières, notamment envers les musulmans.

"Je n'accepte pas ces gens car ils sont dangereux pour notre pays, pas parce que je veux qu'ils souffrent", a ajouté Wirathu, qui avait fait la Une en 2013 du magazine Time sous le titre "Le visage du terrorisme bouddhiste". Le magazine avait été interdit en Birmanie, où ce moine, auteur de virulents discours islamophobes, est très influent.

Depuis la dissolution de la junte en 2011, le gouvernement quasi-civil a entraîné la Birmanie dans un tourbillon de réformes qui ont permis l'ouverture de ce pays après un demi-siècle de dictature.

Mais la Birmanie a également été secouée depuis 2012 par une série de violences entre bouddhistes et musulmans qui ont fait au moins 250 morts et provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, en majorité des musulmans.

Et ces tensions reviennent sur le devant de la scène à l'approche des législatives-test de fin 2015, auxquelles le parti d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et très prudente sur ce dossier sensible, est donné favori.

Washington a dénoncé vendredi une instrumentalisation de l'intolérance religieuse en Birmanie.

"C'est vraiment jouer avec le feu et exposer ce pays à des dangers auxquels il n'est pas prêt à faire face", a dit un haut responsable du Département d'Etat, Tom Malinowski, au cours d'une conférence de presse à Rangoun au terme d'une visite de six jours.

Il a mis en garde contre "une utilisation de la religion pour diviser les gens, que ce soit dans un but politique ou autre, qui est incroyablement dangereuse, particulièrement pendant une année électorale".

"Les élections sont un moment déterminant pour définir ce que sera l'avenir de la Birmanie", a déclaré Yanghee Lee, le rapporteur spécial de l'ONU pour la Birmanie, au cours d'une conférence de presse séparée vendredi à Rangoun, inquiète de la poursuite de "la crise dans l'Etat Rakhine".

Les autorités birmanes envisagent plusieurs lois controversées, notamment pour limiter la possibilité de mariages interreligieux.

Agence France Presse - 16 janvier 2015


Birmanie : Le leader des moines nationalistes persiste sur la «putain» de l'ONU

«Si j'avais pu trouver un mot plus sévère, je l'aurais utilisé»: loin de s'excuser après avoir traité vendredi l'envoyée de l'ONU en Birmanie de «putain», Wirathu, leader des moines bouddhistes nationalistes du pays, a maintenu ses propos mardi auprès de l'AFP.

«C'était le mot le plus dur (auquel je pouvais penser), alors je l'ai employé. Ce n'est rien par rapport à ce qu'elle a fait à notre pays», a expliqué le moine, qui accuse l'ONU de vouloir «interférer» dans les affaires de la nation.

La crainte d'un «retour en arrière»

Lors d'une manifestation à Rangoun contre la visite en Birmanie de Yanghee Lee, rapporteur de l'ONU, Wirathu a déclaré à ses partisans que cette dernière était une «putain dans notre pays» lors d'un discours enflammé largement partagé sur les médias sociaux. Dans son discours de vendredi, le moine avait descendu en flamme Yanghee Lee après ses critiques concernant un ensemble de projets de lois religieuses controversées.

Cette dernière avait déclaré que ces projets - y compris celui qui entend réduire les mariages interreligieux, celui sur les conversions religieuses et les naissances - seraient un autre signe que la Birmanie était en train d'effectuer un «retour en arrière».

Vers une politisation de la religion

Le discours de ce moine, accusé depuis des mois d'attiser les tensions religieuses en Birmanie, a généré une vague de commentaires dans les médias sociaux, beaucoup de gens exprimant leur indignation. Le porte-parole du président Myanmar Zaw Htay a déclaré qu'aucune plainte officielle n'avait été reçue après les propos de Wirathu.

La montée du nationalisme bouddhiste - que le gouvernement semble approuver- fait craindre une politisation croissante de la religion alors que le pays, gouverné par une junte, approche des élections en 2015. Depuis la dissolution de la junte en 2011, le gouvernement quasi-civil a entraîné la Birmanie dans un tourbillon de réformes qui ont permis l'ouverture de ce pays après un demi-siècle de dictature.

Mais la Birmanie a également été secouée depuis 2012 par une série de violences entre bouddhistes et musulmans qui ont fait au moins 250 morts et provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, en majorité des musulmans. Et ces tensions reviennent sur le devant de la scène à l'approche des législatives-test de fin 2015, auxquelles le parti d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et très prudente sur ce dossier sensible, est donné favori.

20minutes.fr avec Agence France Presse - 20 Janvier 2015


Birmanie: une envoyée de l’Onu insultée par un moine, le gouvernement se saisit de l’affaire

Le gouvernement birman a indiqué jeudi qu’il allait se pencher sur les insultes proférées par le plus célèbre moine extrémiste du pays envers une représentante de l’ONU après une forte condamnation de la part de l’organisation.

Le porte-parole du bureau du président, Zaw Htay, a indiqué qu’il avait été demandé au ministère des Affaires religieuses de se pencher sur les commentaires «grossiers et durs» du moine Wirathu. Cependant il a précisé qu’il était peu probable que le gouvernement puisse prendre des mesures contre lui.

«Nous n’avons pas encore reçu de plainte officielle. Et comme il s’agit d’une question de moine, nous ne pouvons pas directement la traiter», a-t-il expliqué.

Lors d’une manifestation à Rangoun contre la visite en Birmanie de Yanghee Lee, rapporteur de l’ONU, Wirathu a déclaré vendredi à ses partisans que cette dernière était une «putain dans notre pays» lors d’un discours enflammé largement partagé sur les médias sociaux.

«Le langage sexiste et insultant utilisé contre une experte des droits de l’Homme de l’ONU... est tout à fait inacceptable», a déclaré le directeur des droits de l’Homme de l’ONU Zeid Ra’ad Al Hussein dans un communiqué publié mercredi.

Il a appelé les dirigeants religieux et politiques du pays «à condamner sans équivoque toutes les formes d’incitation à la haine, y compris cette attaque personnelle publique odieuse contre un expert de l’ONU».

Le clergé bouddhiste est traditionnellement révéré en Birmanie. En 2007, les moines étaient les fers de lance d’un mouvement de protestation démocratique, appelé Révolution Safran, et ils ont été frappés par une répression sanglante par l’ancienne junte.

Mais le pays, qui est sorti en 2011 de décennies de dictature militaire, connait depuis quelques années une recrudescence des tensions religieuses.

Les tensions entre bouddhistes et musulmans sont vives en Birmanie, notamment en Etat Rakhine, où la minorité musulmane rohingya est considérée par l’ONU comme l’une des plus persécutées au monde.

Agence France Presse - 22 janvier 2015