La communauté des Montagnards, la minorité autochtone chrétienne qui réside dans la région centrale des Hauts-Plateaux et qui revendique la liberté religieuse ainsi que ses droits fonciers, subit toujours des pressions pour renoncer à leur foi ainsi que des violences et des arrestations. Le rapporteur spécial des Nations Unies pour la liberté de religion et des croyances, Heiner Bielefeldt, a confirmé au Petit Journal que « nombre de membres de cette communauté sont dans l’obligation de fuir le pays ou de se cacher après avoir organisé de grandes manifestations pour revendiquer leurs droits à la terre et à la liberté de culte. Certains ont également été contraints de se dénoncer sous peine de quitter leurs villages ».

Depuis le mois d’octobre, certains d’entre eux traversent la frontière et arrivent dans la province du Ratanakiri où l’ethnie jaraï, l'un des groupes constituant la communauté des Montagnards dans la région des Hauts-Plateaux, leur vient souvent en aide.

Le 21 décembre dernier, une mission conjointe des agences des Nations Unies et du gouvernement cambodgien a ainsi escorté treize Montagnards vers Phnom Penh afin qu’ils puissent demander leur statut de réfugiés au Cambodge. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) a confirmé au Petit Journal qu’ils avaient tous pu procéder aux démarches administratives avec le département des réfugiés mis en place par le ministère cambodgien de l’intérieur par un sous-décret en décembre 2009 selon lequel le gouvernement cambodgien est la seule autorité capable de déterminer le statut d’un réfugié sur son territoire. « Il est donc prématuré de spéculer sur la suite des événements », Vivian Tan, porte-parole du HCR à Bangkok, a-t-elle déclaré au Petit Journal. Depuis le début de l’année, les autorités cambodgiennes estiment au nombre de 14 les nouveaux arrivants de la communauté des Montagnards au Cambodge, dont au moins deux enfants. Vivian Tan admet ne pas avoir connaissance de leur demande d’asile à ce jour.

Jeu politique et incertitude

Pourtant l’un des rares pays de l’ASEAN signataires de la Convention de 1951 sur les réfugiés, le Cambodge se réserve le droit d’accorder un traitement particulier aux Montagnards en vertu sous-décret de 2009, qui reste vague sur la détermination du statut juridique de réfugié.

Ainsi, en 2001, les autorités cambodgiennes ont déporté 89 d’entre eux puis ont fait fermer le centres dans lequel le HCR les hébergeait en 2011.

Pour certains, comme Phil Robertson, vice-directeur de la division Asie de l’organisation américaine de la défense des droits de l’Homme Human Rights Watch, le Cambodge joue un jeu politique en décidant quels réfugiés accepter et lesquels renvoyer. Selon lui, « quand la pression de la Thaïlande, du Vietnam ou de la Chine se fait sentir, la protection des réfugiés au Cambodge connaît tout à coup des exceptions, soumises à des facteurs extérieurs ». C’est de cette manière qu’il justifie également la déportation de vingt chinois de religion musulmane en 2009 alors qu’ils étaient victimes de violentes persécutions religieuses en Chine LIEN : http://www.hrw.org/en/news/2....

De fait, les autorités locales du Ratanakiri ont déclaré début décembre au Cambodia Daily avoir reçu des autorités Vietnamiennes une liste de noms de membres de la communauté des Montagnards à rapatrier LIEN : https://www.cambodiadaily.co....

Rong Nay, le directeur de l’ONG Organisation Montagnarde des Droits de l’Homme basée aux États-Unis LIEN : http://www.mhro.org/, va plus loin encore en confiant au Petit Journal qu’il n’existe pas de refuge au Vietnam ou au Cambodge pour cette minorité. « Ces rapatriements forcés montrent bien que le gouvernement cambodgiens ne souhaite pas protéger les demandeurs d’asile de la communauté vietnamienne », expliquant les relations très étroites à ne pas froisser entre les deux gouvernements. D’après ses données, plus d’une centaine d’entre eux se sont vu accorder le statut de réfugiés en Thaïlande, craignant de rester au Vietnam ou au Cambodge.

À l’heure où ce dernier à signé un accord controversé avec l’Australie pour accueillir plus de mille réfugiés campés sur l'île de Nauru, la plus petite République au monde, l’attitude des autorités cambodgiennes envers les Montagnards est de taille pour démontrer la capacité du pays à respecter ses engagements sur le plan international.

Clothilde Le Coz - Lepetitjournal.com - 23 janvier 2015