C'est une très curieuse et très triste histoire dont la ville de Sangke, dans la province cambodgienne de Battambang, a été le théâtre. Fin novembre 2013, après des examens sanguins, un villageois de 74 ans, sa petite-fille et son gendre sont déclarés porteurs du virus du sida.

Alertées, les autorités sanitaires procèdent à des tests préventifs sur des habitants de Roka, bourgade de 9 000 habitants proche de Sangke, qui, du même coup, devient officiellement l'épicentre de la pandémie. Depuis, près de 2 000 villageois se sont volontairement rendus au centre de santé de la commune afin de passer des tests sanguins. Le nombre des personnes contaminées est aujourd'hui d'au moins 212.

Contamination volontaire, exploitation de clinique sans licence et assassinat

Ces séropositifs sont d'âge très variable : de quelques mois à plus de 80 ans. Le seul lien entre eux est qu'ils ont tous été soignés par un médecin local, un indépendant, dépourvu de tout diplôme et même d'une formation médicale digne de ce nom. Ce qui n'empêche pas cet étrange praticien de prodiguer des soins et de vacciner les villageois - des paysans pauvres pour la plupart - depuis des années. Le suspect a été inculpé au cours de la semaine de Noël.

Pour contamination volontaire, exploitation de clinique sans licence et assassinat - bien que rien n'établisse avec certitude l'existence d'un lien entre le décès d'un patient et le traitement qui lui a été dispensé. La police affirme que le médecin a reconnu avoir utilisé à plusieurs reprises les mêmes aiguilles et seringues, certaines pouvant avoir été préalablement infectées par le virus.

Un rapport rendu public conjointement au cours de la semaine du 12 janvier par le ministère cambodgien de la Santé, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Onusida inflige un démenti au scepticisme des experts, dont beaucoup doutaient que le "docteur" soit le seul responsable de cette infection massive et extrêmement rare. L'enquête de terrain révèle en effet qu'une importante proportion des villageois contaminés avaient auparavant subi un traitement par injection ou perfusion par intraveineuse. Mais même si l'utilisation multiple des mêmes aiguilles et seringues reste la principale cause de l'épidémie, le Dr Masami Fujita, responsable du département VIH de l'OMS au Cambodge, reconnaît "ne pas savoir exactement comment le drame est survenu au sein de cette communauté, ni le détail du processus ayant provoqué les infections". D'où la poursuite des investigations.

L'affaire est d'autant plus surprenante que le Cambodge a, de manière générale, enregistré de remarquables succès dans la lutte contre le sida. Dans les années 1990 et après de longues années de guerre, on recensait dans le royaume 15 500 contaminations au VIH par an. On n'en dénombrait plus que 1 000 en 2011, selon une étude des autorités sanitaires locales. L'objectif de prévalence zéro en 2020 ne paraît donc pas inaccessible.

Par Sidy Yansané - Jeune Afrique - 30 janvier 2015


Pub pour la reconstruction de l'hymen interdite

Le gouvernement cambodgien a ordonné à un hôpital privé de cesser de faire de la publicité pour ses opérations de reconstruction de l'hymen, au nom de la «moralité».

Plusieurs établissements de la capitale cambodgienne réalisent des hyménoplasties en toute discrétion, mais l'hôpital Victoria International de Phnom Penh a choisi récemment d'en faire la réclame au grand jour. Le gouvernement lui a demandé, dans une lettre du 23 janvier consultée par l'AFP, de «cesser de faire de la publicité à propos de cette chirurgie de la virginité».

Cette publicité, diffusée à la télévision, à la radio et dans les journaux, «affecte la moralité et les belles traditions de la société cambodgienne», précise la lettre du gouvernement. L'hôpital, contacté par l'AFP, n'a pas souhaité commenter.

La tradition d'être vierge à son mariage existe au Cambodge, comme dans d'autres pays d'Asie et surtout au Moyen-Orient.

L'ancienne ministre du droit des femmes Mu Sochua, aujourd'hui dans l'opposition, a critiqué les opérations de reconstruction de l'hymen comme potentiellement dangereuses.

«La restoration de la virginité peut sérieusement compromettre la santé des femmes si ce n'est pas fait professionnellement», a-t-elle dit à l'AFP, alors que le secteur hospitalier cambodgien, notamment public, n'est pas réputé pour sa performance, les Cambodgiens en ayant les moyens préférant aller se faire soigner en Thaïlande voisine.

Agence France Presse - 29 janvier 2015