Installé depuis des années au Cambodge et parlant très bien khmer, Alejandro Gonzalez-Davidson a été expulsé dans un avion en partance pour la Thaïlande lundi soir, a indiqué à l'AFP un fonctionnaire des services d'immigration qui a requis l'anonymat.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khieu Sopheak, avait expliqué à l'AFP que les autorités s'apprêtaient à l'expulser après qu'il avait refusé de quitter le pays volontairement, sa demande de renouvellement du visa ayant été refusée.

Alejandro Gonzalez-Davidson a demandé aux amoureux de la nature dans le pays de "rester forts" dans un SMS envoyé avant son départ à l'ONG locale qu'il avait fondée.

"Le combat qui est le vôtre est de gagner. Pour la Nature, notre vie", a-t-il dit, selon un communiqué publié par l'organisation Mother Nature.

Son ONG militait contre un projet controversé de barrage hydroélectrique dans la région de Koh Kong, dans le sud-ouest du pays, qui menace d'engloutir des dizaines de milliers d'hectares de forêt rare et des villages abritant 1.500 habitants.

Selon M. Sopheak, les autorités ont refusé de renouveler le visa du militant car "par le passé il a créé des problèmes" et faisait l'objet d'une plainte du ministère de l'Energie ainsi que du gouverneur de la région de Koh Kong.

Mais le groupe de défense des droits de l'homme local, Licadho, a dénoncé une expulsion directement liée à l'engagement de M. Gonzalez-Davidson contre le projet de barrage.

"Non seulement les étrangers mais aussi les Cambodgiens seront arrêtés s'ils violent les lois", a prévenu lundi le Premier ministre Hun Sen, évoquant l'expulsion de l'Espagnol.

L'homme fort du Cambodge depuis 30 ans est un ardent défenseur des projets hydroélectriques en partenariat avec la Chine voisine dont les avantages économiques, selon lui, l'emportent sur les préoccupations environnementales, dans un pays où un quart de la population n'a toujours pas l'électricité.

Le gouvernement cambodgien est très critiqué pour ses accords avec des groupes étrangers - notamment chinois - pour exploiter ses terres avec des plantations de canne à sucre, d'hévéas, ou des barrages hydroélectriques. Selon les organisations de militants des droits de la terre, cela passe souvent par la spoliation des terres aux communautés rurales.

Au total, neuf barrages - dont plusieurs sont financés par la Chine - doivent ouvrir en 2019.

Agence France Presse - 23 février 2015