Sous l’Union soviétique, les liens économiques entre les deux pays reposaient principalement sur les ressources énergétiques russes, d’une part, et l’électronique vietnamienne, de l’autre. De nouveaux domaines s’y ajoutent désormais.

Le Vietnam et la Russie ont l’intention d’augmenter leurs échanges commerciaux, qui s’élèvent actuellement à 3,7 milliards de dollars, jusqu’à 10 milliards d’ici 2020.

Si le commerce entre les deux pays s’est quelque peu contracté l’an dernier, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev est convaincu que c’est un phénomène passager. « Nous avons élaboré des mesures pour redresser la situation » et « augmenter les échanges commerciaux jusqu’à 10 milliards de dollars ces cinq prochaines années », a-t-il précisé.

Un des moyens d’y parvenir est la création d’une zone de libre-échange entre le Vietnam et l’Union économique eurasiatique (UEEA). Le Vietnam prévoit de signer le traité de création de cette zone au premier semestre 2015, a annoncé le Premier ministre vietnamien Nguyen Tan Dung après sa rencontre avec son homologue russe, le 6 avril.

« Pratiquement tous les points ont déjà été approuvés, et la préparation des documents concernant la zone de libre-échange est entrée dans la dernière ligne droite, s’est quant à lui réjoui Dmitri Medvedev. Au total, 17 projets ont été sélectionnés. Chacun d’eux a sa feuille de route. J’espère qu’ils seront tous réalisés, qu’il s’agisse des livraisons d’armement et d’avions, de l’assemblage industriel de véhicules russes ou de la fabrication de convois ferroviaires. J’ai cité les principaux, mais il y en a d’autres », a expliqué le Premier ministre russe.

De nouveaux points de contact

Cet objectif de dix milliards de dollars à l’horizon 2020 est tout à fait réaliste, pour Ivan Andrievski, membre de l’Union russe des ingénieurs cité par le journal Vzgliad : même sans zone de libre-échange, les échanges commerciaux entre les deux pays s’élevaient déjà à 4 milliards de dollars en 2013 et atteindront probablement les 7 milliards en 2015.

La Russie fournit au Vietnam principalement des ressources naturelles, en particulier des combustibles. Le Vietnam livre quant à lui en Russie du matériel électronique et certains produits d’alimentation. Par ailleurs, les importations en Russie sont, depuis peu, deux fois supérieures aux exportations : 1,3 milliard de dollars pour 600 millions, relève Gueorgui Vachtchenko, de la société d’investissement Freedom Finance.

Grâce à la nouvelle zone de libre-échange, la Russie pourrait accroître ses livraisons traditionnelles de ressources énergétiques, notamment de pétrole et de gaz. Toutefois, Moscou a l’intention de ne pas se limiter aux combustibles et d’élargir la liste de ses exportations. 13 producteurs russes de viande et de volaille ont, par exemple, exprimé le souhait d’exporter vers le Vietnam.

Ces livraisons pourraient débuter prochainement. Le Vietnam a déjà commencé l’inspection de sociétés russes, indique l’agence russe de contrôle sanitaire, Rosselkhoznadzor. Les Vietnamiens inspectent des élevages porcins, des usines avicoles et des abattoirs de bovins dans les régions de Belgorod, Briansk, Moscou, Saint-Pétersbourg et Novgorod, ainsi que le poste-frontière de contrôle vétérinaire et le port de la région de Kaliningrad.

Au cours de la visite de Dmitri Medvedev, les deux pays se sont entendus sur de nouveaux projets dans les secteurs du transport, de l’électricité et du nucléaire.

Aux dires du Premier ministre, les deux parties se penchent actuellement sur le lancement, au Vietnam, de chaînes d’assemblage de véhicules et de production de matériel roulant ferroviaire. Un accord de collaboration a été signé entre la compagnie des chemins de fer russes RZD et celle des chemins de fer vietnamiens.

Un mémorandum de coopération entre les sociétés d’électricité russe Inter RAO Export et vietnamienne North Power Service JSC a également été signé, en vue de moderniser les centrales électriques au Vietnam.

La visite du Premier ministre devrait en outre accélérer les derniers pourparlers sur la construction par Rosatom de la centrale nucléaire Ninh Thuan-1, au Vietnam, et sur la création d’un centre de sciences et de technologies nucléaires. « Nous poursuivons notre coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire, dont nous avons analysé ensemble l’état actuel. Nous espérons arriver prochainement à la conclusion d’un accord-cadre général fixant le calendrier des différentes étapes du projet », a déclaré M. Medvedev. La réalisation de tous ces projets permettra d’augmenter le volume des exportations de production mécanique russe au Vietnam.

De son côté, le Vietnam pourra accéder facilement au marché de l’Union douanière et y exporter des vêtements, du matériel électronique, des fruits de mer, des aliments pour le bétail, des meubles, etc. « La Russie s’intéresse avant tout à l’électronique et aux composants radio-électroniques, pour lesquels la région Asie-Pacifique est bien connue. C’est précisément ce type d’échanges qui pourraient croître considérablement dans un avenir proche », estime Ivan Andrievski.

Le Vietnam s’intéresse pour sa part au complexe militaro-industriel russe. Le partenariat militaro-technique entre les deux pays remonte à l’époque de l’URSS. Le Vietnam continue d’acheter des armements à la Russie, particulièrement des sous-marins du projet 636 Varchavianka. D’après M. Andrievski, les importations russes représentent plus de 90 % du volume total des achats d’armements par le Vietnam.

Les avantages d’une zone de libre-échange sont manifestes pour les deux pays. « Nouer des liens stables avec la région Asie-Pacifique est particulièrement important aujourd’hui, vu la chute des échanges commerciaux avec l’UE », explique M. Andrievski. Le fait que la Russie et le Vietnam se soient mis d’accord pour que les paiements se fassent en roubles et en dongs, la devise nationale du Vietnam, constitue un autre élément important. Il ne peut être que dans l’intérêt de la Russie de s’affranchir de sa dépendance à l’euro et au dollar.

Ce n’est pas un hasard si, en parlant des partenaires stratégiques de la Russie dans la région Asie-Pacifique, Vladimir Poutine classe le Vietnam aux côtés de la Chine et de l’Inde.

Pétrole et gaz

Les entreprises russes investissent dans le plateau continental vietnamien depuis l’époque soviétique. Cependant, la Russie encourage désormais les sociétés vietnamiennes à exploiter les gisements de son propre plateau continental. Il pourrait s’agir d’une nouvelle phase de coopération dans ce secteur privilégié.

Du fait des sanctions occidentales, les compagnies pétrolières et gazières russes rencontrent aujourd’hui des difficultés pour attirer des capitaux et acquérir des équipements – ce à quoi les entreprises asiatiques pourraient remédier. « Il est possible que les partenaires vietnamiens des sociétés russes prennent part aux projets de Gazprom et Rosneft visant à exploiter des gisements en Arctique. Ces investissements pourraient s’élever à 1,5 milliard de dollars », note Gueorgui Vachtchenko, de chez Freedom Finance.

« Les deux pays ont déjà l’habitude de travailler ensemble sur le plateau continental. Ils en ont aussi les moyens. Les éventuels problèmes peuvent être liés aux équipements techniques – mais on aura probablement recours aux fabrications chinoises. La qualité des équipements chinois est peut-être inférieure à celle que l’on trouve aux États-Unis ou en Europe, mais leur utilisation permettra à n’en pas douter de développer nos relations avec la région Asie-Pacifique », ajoute M. Andrievski.

La Russie et le Vietnam coopèrent déjà via quatre coentreprises. La première, la compagnie pétrolière Vietsovpetro, regroupe les sociétés Zaroubejneft et PetroVietnam et exploite six gisements sur le plateau continental de la mer de Chine méridionale. Du pétrole a déjà été extrait de l’un d’entre eux, et ce devrait bientôt être également le cas de deux autres gisements. La deuxième est une autre coentreprise de ces deux mêmes sociétés : Rousvietpetro, qui exploite 13 gisements dans le district autonome de Nénétsie. Enfin, PetroVietnam a également deux coentreprises avec Gazprom : Gazpromviet et Vietgazprom.

Plusieurs nouveaux documents ont été signés lundi 6 avril. Notamment un mémorandum sur l’élargissement de la coopération entre Gazpromneft et PetroVietnam. Il s’agit de « réaliser des projets communs d’exploration, d’exploitation et d’extraction d’hydrocarbures sur le plateau continental de la mer de Petchora (gisement Dolguinskoïe et parcelle sous licence Nord-Ouest) », a précisé Gazprom Neft dans un communiqué. Les parties dresseront la liste des gisements prioritaires du plateau continental d’ici fin octobre 2015. C’est alors que seront signés des accords contraignants.

En automne dernier, les deux sociétés avaient discuté de l’exploitation commune du gisement pétrolier Dolguinskoïe, situé dans la partie centrale de la mer de Petchora, à 120 km au sud de l’archipel de Nouvelle-Zemble et à 110 km au nord du continent. Depuis son inauguration en 1999, quatre puits d’exploration y ont été forés – trois dans la partie nord du gisement et un dans sa partie sud.

Gazprom Neft exploite également le gisement continental Prirazlomnoïe. Au total, la compagnie russe dispose de cinq licences pour des parcelles situées sur le plateau continental arctique et de près de 70 licences d’étude et d’exploitation de gisements dans différentes régions de Russie.

Les principales modalités de l’achat par Gazprom Neft de 49 % du capital de l’entreprise Binh Son Refining and Petrochemicals, opérateur de la raffinerie de Dung Quat, ont également été signées. Gazprom Neft a obtenu le droit exclusif de négocier avec PetroVietnam pour acquérir 49 % des parts de la raffinerie vietnamienne, qui appartient aujourd’hui à 100 % à ce dernier. En 2013, deux sociétés russes – Rosneft et Gazprom Neft – étaient en lice pour acquérir une participation dans la raffinerie. La valeur du site, d’une capacité de raffinage de 7 millions de tonnes, est évaluée par les experts à 4 milliards de dollars.

Le Vietnam est fortement intéressé par des importations russes de brut ainsi que par une coopération dans le raffinage, la pétrochimie et la production de gaz naturel pour véhicules. L’économie vietnamienne affichant de bons rythmes de croissance, la demande en ressources énergétiques devrait augmenter. Les autorités vietnamiennes se sont fixé pour objectif de doubler le PIB du pays en cinq ans.

Par Olga Samofalova - Le Courrier de Russie / Vzgliad - 10 avril 2015