Le 1er avril, des villageois cambodgiens ont effectivement découvert la carcasse d'une femelle de 200 kg dans la province de Stoeng Treng, située au nord du Cambodge, à la frontière avec le Laos, selon le Phnompenhpost. Ce dauphin faisait partie du petit groupe de six spécimens recensés dans cette partie du fleuve. Après examen du corps de l'animal, qui ne présentait aucune contusion ou blessure, les experts ont conclu qu'il serait décédé de causes naturelles. Mais sa disparition apparaît comme un échec pour les habitants de la région qui peinent à protéger cette espèce.

"C'est un moment très triste dans la diminution de la population de ces dauphins", a déclaré Thomas Gray, gestionnaire du Programme Espèces du Grand Mékong du World Wild Fund (WWF), dans un communiqué, rapporté par le site Thedodo.com. "Et c'est un autre avertissement concernant l'espèce qui est confrontée à un risque grave d'extinction à travers le Mékong", poursuit-il.

"Ce spécimen est considéré comme l'un des plus anciens et des plus grands dauphins dans la région", explique Dieb Bora, chef adjoint des pêches à Stung Treng, au Phnompenhpost. "Elle devait avoir entre 26 et 30 ans." Son âge a pu être déterminé grâce à l'étude de ses dents. La semaine dernière, le corps du dauphin a été transporté jusqu'au rivage, où quatre moines attendaient afin de bénir la dépouille lors d'une cérémonie funéraire.

Alors qu'il ne reste désormais que cinq dauphins au Laos, comme l'affirme Gray, on en dénombre entre 78 et 91 dans une région du Mékong, sur environ 190 km, située entre la frontière Laos-Cambodge et la ville de Kratie au Cambodge. En Indonésie, dans le Kalimantan oriental, dans une partie du fleuve Mahakam, on en compte entre 60 et 70. Et enfin, au Myanmar, dans le fleuve Ayeyarwady, entre 50 et 70. Au total, il reste environ 6000 dauphins d'Irrawaddy dans le monde.

Une perte survenue seulement deux semaines après que le WWF a fait part de ses préoccupations concernant le taux élevé de décès chez cette espèce. En particulier pendant la saison sèche, lorsque le niveau de l'eau baisse. Mais le dauphin de l'Irrawaddy - également appelé "le visage souriant du Mékong" a principalement été anéanti par l'industrie de la pêche. Depuis 2011, c'est le vingt-huitième dauphin à avoir trouvé la mort, selon le groupe de conservation WWF, dont cinq rien qu'en 2015.

Mais pour préserver le reste de la race, Chhit Sam Ath, directeur du WWF Cambodge, a fait appel à la communauté et a exprimé son souhait de renforcer les lois sur le braconnage.

Mais il faut savoir que cette disparition nourrit également des inquiétudes en termes d'économie et de tourisme puisque les dauphins de l'Irrawaddy attirent plus de 30.000 touristes chaque année.

Par Manon Gabriel - Le Huffington Post - 10 avril 2015


LAOS – Des espèces en voie de disparition au menu des touristes dans le triangle d’or

Un complexe touristique dans le nord-ouest du Laos destiné aux touristes chinois est devenu “un terrain de jeu sans foi ni loi” pour le commerce illégal d’espèces sauvages, allant de la viande de tigre aux pattes d’ours, a dénoncé jeudi un groupe de défense de l’environnement.

Les clients “peuvent ouvertement acheter des produits provenant d’espèces en voie de disparition” dans la région du Triangle d’Or, dans la province laotienne de Bokeo, frontalière de la Birmanie et de la Thaïlande, dénonce un rapport publié par Environmental Investigation Agency (EIA).

Le groupe basé à Londres a, en collaboration avec l’ONG Education for Nature-Vietnam, référencé plusieurs restaurants proposant dans leurs menus de la viande de tigre, des pattes d’ours et des pangolins.

Tenu par un régime communiste autoritaire, le Laos devient un hub de plus en plus prisé pour le tourisme lié au commerce des espèces animales en danger, jouant sur la croyance, notamment chez les Chinois, que la viande ou les os d'animaux rares peuvent se révéler des aphrodisiaques ou des médicaments naturels.

L’EIA appelle les autorités laotiennes à mettre en place sans tarder une unité spéciale pour lutter contre ce commerce et saisir tous les produits illicites dans cette zone économique spéciale. Elle demande aussi à Pékin d’agir pour tarir cette demande de produits animaux favorisant le trafic

“La Chine doit également comprendre et accepter l’idée que son commerce intérieur, légal, de peaux de tigres élevés en captivité conduit à une demande des consommateurs,” a déclaré Debbie Banks de l’EIA dans un communiqué.

Cette zone du Laos est réduite à "une extension de la Chine", avec panneaux en mandarin, heure de Pékin de rigueur et flots d'employés chinois, dénonce l'organisation.

Un phénomène similaire est constaté dans le nord de la Birmanie voisine, où certaines villes sont devenues de véritables marchés ouverts pour la vente d'animaux rares, le sexe et les jeux d'argent destinés aux visiteurs chinois.

L’appétit insatiable de la Chine pour la viande et des parties d’animaux rares a également emmené à une contrebande prospère en Asie du Sud-Est.

En Thaïlande ou au Vietnam voisins, des animaux victimes de trafiquants les destinant au marché chinois sont régulièrement saisis, une fraction infime du commerce illégal réalisé soulignent les défenseurs des animaux.

Lepetitjournal.com avec Agence France Presse - 23 Mars 2015