Dans la journée, la demande de libération sous caution devrait être fixée, mais, dans l'intervalle, le libraire passe un sale quart d'heure. En mars 2014, la Cour de Bankok avait statué, et estimé que le libraire ne connaissait pas le sujet des livres qu'il commercialisait. En l'état, il ne pouvait que repartir libre. Mais impossible d'échapper au pouvoir royal.

« Le comportement de la défense a démontré qu'il savait que le livre faisait état de détails insultants vis-à-vis de la monarchie, et il ne pouvait pas prouver qu'il vendait des titres appartenant à une autre personne, comme il l'avait prétendu », a estimé le juge de la Cour d'appel.

Cependant, dans un geste magnanime, il a choisi de diminuer la peine à deux années de prison, contre trois exigées. C'est que, conformément à l'article 112 du Code pénal de Thaïlande, toute personne reconnue d'insulte au roi, à la reine, ou au régent, encourt jusqu'à 15 années de prison. Une largesse, donc, puisque le libraire ne faisait que vendre des livres.

Au cours des dernières années, près de 49 personnes sont tombées sous le coup de l'article 112, et ont été condamnées, ou sont en attente de leur verdict. 22 cas ont été jugés par des tribunaux militaires, dont les sentences sont sans appel. De son côté, l'avocat du libraire, Yaowalak Anuphan, a assuré qu'il saisirait la Cour suprême : « Nous sommes convaincus qu'il est innocent. Il n'avait vraiment aucune idée du contenu des livres. »

L'actuel monarque, âgé de 87 ans, peut se réjouir que justice soit faite dans son royaume. « La chose la plus importante est de maintenir la monarchie. Nous avons une loi pour cela. Nous devons protéger et défendre l'institution », assure Prawit Wongsuwan, actuel vice-président, cité par l'AFP. « Toutes les autorités et l'ensemble des fonctionnaires, ainsi que les citoyens, doivent aider à maintenir éternellement et protéger la monarchie. »

Un sport de longue haleine : comme on le sait, l'éternité, c'est long. Surtout vers la fin.

Actualitte.com - 22 avril 2015