Le fait est peu connu, mais 300 000 soldats sud-coréens ont participé à la guerre du Vietnam aux côtés de leur grand allié américain. Des troupes qui sont aujourd’hui accusées de s’être livrées à des atrocités. Mais les efforts de certaines associations sud-coréennes pour faire la lumière sur ces crimes se heurtent à une très forte résistance.

A l’occasion de l’anniversaire de la fin de la guerre du Vietnam, des Vietnamiens sont venus à Séoul pour témoigner et raconter les violences dont ils ont été victimes, en tant que civils, pendant la guerre, violences infligées par des soldats sud-coréens. Ils accusent ces soldats d’avoir perpétré des massacres.

Le Hankyoreh, un quotidien sud-coréen de centre gauche, a aussi publié des témoignages très durs de Vietnamiennes aujourd’hui très âgées qui accusent les troupes sud-coréennes de viols. Mais ces efforts de mémoire se heurtent à l’opposition farouche des vétérans sud-coréens. En avril, en usant de menaces physiques, ils ont réussi à faire annuler une exposition de photos et une conférence donnée dans un temple bouddhiste à Séoul par un survivant vietnamien.

Des vétérans offusqués par ces allégations

Ces vétérans refusent que l’on touche à leur image. L’un d’entre eux a déclaré à la presse : « Nos petits-enfants nous voient comme des héros de la guerre du Vietnam (…), mais ces militants parcourent le pays pour nous faire passer pour des bouchers qui ont tué des innocents. » Ces allégations de brutalités par des soldats sud-coréens au Vietnam ne sont pourtant pas nouvelles. Les premières révélations datent même de 1999 : un journaliste sud-coréen, étudiant au Vietnam pendant la guerre, avait mené une enquête, rencontré des victimes, et avait publié des révélations concernant des massacres de villageois. Il avait avancé le chiffre de 8 000 victimes civiles. Le problème, c’est que 15 ans plus tard, les principaux médias coréens se désintéressent toujours de ce sujet qui dérange.

Corée du Sud, Japon, Vietnam

La Corée du Sud se voit souvent en victime de l’histoire, elle accuse le Japon, son ancien colonisateur, de ne pas s’être suffisamment excusé pour les atrocités commises pendant la période coloniale. La tragédie des « femmes de réconfort », ces centaines de milliers de Coréennes obligées de se prostituer pour l’armée impériale japonaise, continue d’ailleurs d’empoisonner les relations entre les deux pays.

Mais la Corée du Sud est beaucoup moins à l’aise quand c’est elle qui se retrouve sur la sellette. Des historiens coréens regrettent par exemple que leur gouvernement n’ouvre pas ses archives militaires, et n’enquête pas sur ces allégations de brutalités pendant la guerre du Vietnam.

Devoir de mémoire

La Corée du Sud et le Vietnam ont établi des relations diplomatiques il y a 20 ans, ils ont signé début mai un accord de libre-échange, leur commerce bilatéral se porte bien. Il y a peu de tensions diplomatiques entre Séoul et Hanoi. Ce sont les victimes vietnamiennes qui demandent aujourd’hui à la Corée une enquête et des compensations pour les souffrances subies. Elles reçoivent d’ailleurs le soutien très actif des anciennes « femmes de réconfort » coréennes, qui demandent à leur gouvernement de reconnaître ces crimes de guerre.

Les historiens sud-coréens rappellent qu’écouter le témoignage des survivants ne signifie pas nier le sacrifice des vétérans coréens. L’un d’entre eux a déclaré dans le quotidien Hankyoreh que « la Corée du Sud n’arrivera pas à résoudre ses conflits historiques avec le Japon si elle est incapable de résoudre les siens concernant la guerre du Vietnam ».

Radio France Internationale - 22 Mai 2015