Il est des livres, pas forcément épais, qui renferment l’expérience d’une vie. Une sorte de longue distillation, aboutissant à l’essentiel – un nectar de vécu et de réflexion. C’est le cas du beau livre Vietnam, l’éphémère et l’insubmersible, écrit par l’ancien correspondant du Monde en Asie du Sud-Est, Jean-Claude Pomonti.

Le livre est publié dans la collection «L’Ame des peuples», laquelle cherche justement à capter cet être profond des nations, qui ne se dévoile qu’aux plus patients. «Ce qui continue de me fasciner le plus chez les Vietnamiens est leur capacité à rebondir, à reprendre leur élan, à relancer la vie, à se battre pour de meilleurs lendemains», écrit Jean-Claude Pomonti, lequel est arrivé au Vietnam comme coopérant en 1965, puis a couvert la «guerre américaine» comme journaliste.

La longue tradition de la résistance

Dans une Asie du Sud-Est en très grande partie hindouisée, ce bizarre S coincé dans l’angle de l’Asie est l’arrière-garde de la culture chinoise. Mais une culture chinoise remodelée et qui prend appui sur un substrat ancien, peu visible mais tenace, dans lequel s’enracine cette farouche résistance dont les Vietnamiens ont toujours fait preuve face aux Chinois, aux Français ou aux Américains. «Les Vietnamiens sont, avant tout, de redoutables défenseurs», écrit Jean-Claude Pomonti, brisant à la volée cette image «d’avaleurs de terres» qui est souvent collée à ceux qui, lors de leur «marche vers le Sud», ont soumis les Chams et repoussé les Khmers.

Et ces défenseurs sont pour le moins opiniâtres, surtout face au pesant voisin du Nord: «Le Vietnam est le seul pays qui a barré la route du Sud aux Chinois», note l’auteur. Et d’évoquer ce fait historique qui ne laisse pas d’étonner: après un millénaire de ­colonisation chinoise, les Vietnamiens, qui s’étaient pourtant faits plus confucianistes que les Chinois – «l’élève cherchant toujours à dépasser le maître», disait l’historien Paul Mus – ont su rétablir leur indépendance et préserver leur identité.

Le livre évoque aussi, par petites touches, ce qui fait le quotidien du Vietnam d’aujourd’hui, l’accueil et la curiosité, l’absence de rancune historique, le culte des héros qui deviennent, souvent, des esprits. Et surtout cette lente extraction d’une longue série de conflits qui, certes, ont forgé le caractère du peuple vietnamien, mais l’ont aussi longtemps privé d’horizon. «Le Vietnam est un pays, pas une guerre», écrit Jean-Claude Pomonti. C’est peut-être seulement maintenant que l’on commence à le réaliser.

Par Arnaud Dubus - Le Temps (ch) - 9 Juin 2015