La semaine dernière, des centaines de Cambodgiens ont manifesté dans la capitale, Phnom Penh, tandis que quarante organisations de défense des droits humains écrivaient une lettre ouverte au Premier Ministre Hun Sen. Peine perdue : la loi sur les associations et les organisations non-gouvernementales (dite LANGO) a été adoptée lundi matin au Parlement.

« Aujourd’hui est un jour très triste pour la société civile au Cambodge », a déploré Chak Sopheap, directeur d’une organisation de défense des droits humains locale. Le Parti du sauvetage national du Cambodge, dans l’opposition, a lui indiqué que « cette loi permettra de faire pression » sur les organisations et les individus.

Interdiction sans recours

Au cœur de l’inquiétude des associations, l’obligation pour toutes les associations de s’enregistrer auprès du ministère de l’Intérieur. Celui-ci aura désormais le pouvoir de les autoriser ou non, sans qu’un recours pour contester cette décision ne soit prévu par la loi.

Les organisations non-gouvernementales devront également déclarer leurs finances et leurs actions à l’Etat, au risque de se voir dissoudre s’il est établi qu’elles « menacent la paix, la stabilité et l’ordre public », ou encore « la culture et les traditions du Cambodge », selon la Fédération internationale des droits humains .

Hun Sen est parvenu à ses fins en ne reculant devant rien, pas même devant le boycott du scrutin par le Parti du sauvetage national du Cambodge, dans l’opposition. Dès le mois d’avril, le Premier ministre avait annoncé que cette loi serait adoptée car il fallait protéger le pays d’éventuels financements terroristes.

Les ONG suppléent l’Etat

Le petit pays de 15 millions d’habitants, déchiré par le génocide des Khmers Rouges entre 1975 et 1979, ne connaît pas la démocratie : le premier ministre Hun Sen exerce un pouvoir sans faille depuis plus de trente ans.

En 1993, au lendemain des accords de transition vers la paix qui ont rendu au pays son indépendance, plusieurs milliers d’ONG se sont peu à peu installées dans le Royaume. Du fait de l’incapacité de Phnom Penh à fournir des services de base à la population, celles-ci ont progressivement pris en charge des missions relevant de l’Etat, particulièrement dans le domaine de l’éducation et de l’accès à la santé.

Rebond de l’opposition à Hun Sen

Malgré le manque de libertés politiques, une société civile dynamique émerge au Cambodge, revigorée depuis 2013 par le retour au pays de Sam Rainsy, l’opposant historique à Hun Sen. Les manifestations , notamment contre les expropriations terriennes, ont connu un essor depuis la fin de l’année 2013, même si elles sont violemment réprimées.

Par Laure Delacloche - Les Echos avec Agence France Presse - 13 juillet 2015