La Thaïlande a annoncé vendredi l'inculpation de 72 personnes, dont un général, pour trafic d'êtres humains. Le classement américain TIP (Trafficking in Persons) des pays ne combattant pas suffisamment ce problème sera publié lundi, rapporte l'AFP. Et la Thaïlande, qui fait de la lutte contre le trafic des migrants dans le sud du pays une priorité, espère remonter dans le classement.

Le lieutenant-général Manas a occupé, ces dernières années, différents postes de direction dans le sud de la Thaïlande. Dernièrement dans la région de Songkhla, frontalière de la Malaisie, zone de transit empruntée chaque année par des milliers de réfugiés. Cette année, il avait été transféré au siège de l'armée, à Bangkok, pour des raisons non spécifiées, précise l'AFP. Recherché pour son rôle dans le trafic de migrants, le général s'était rendu en juin dernier aux autorités. «Jusqu'ici, nous avons émis 84 mandats d'arrêt. Il y a eu 51 arrestations ou personnes qui se sont rendues et 33 personnes sont toujours en fuite. Le dernier suspect à se rendre au chef de la police nationale est le lieutenant-général Manas Kongpan», a déclaré l'adjoint du chef de la police nationale, le général Aek Angsananont. Le général a été inculpé vendredi avec 72 personnes, dont une dizaine de fonctionnaires. Ils doivent être mis en examen vendredi par un tribunal de la province de Songkhla, rapporte l'AFP.

La Thaïlande intensifie sa lutte contre le trafic de migrants

L'ampleur du trafic d'êtres humains en Thaïlande a pris un nouveau tournant avec la découverte macabre de fosses communes dans des camps de transit en pleine jungle dans le sud de la Thaïlande. 26 corps, en début de décomposition ou déjà à l'état de squelettes, ont en effet été retrouvés en mai dernier en pleine jungle dans la province de Songkhla, avait annoncé un responsable de la police scientifique Jarumporn Suramanee.

D'après les groupes de défense des droits de l'Homme, une fois dans le sud de la Thaïlande, les migrants sont détenus dans des camps dans la jungle en attendant que famille ou amis versent 2 à 3000 dollars pour leur libération. Certains sont parfois vendus à des fermes ou des industries en Malaisie. Depuis cette découverte, la Thaïlande s'est attaquée plus fermement à la lutte contre la traite d'êtres humains. Combat qu'elle avait déjà intensifié lorsque le précédent rapport TIP de juin 2014, publié par les États-Unis, l'avait rétrogradé car elle ne luttait pas assez contre ce trafic.

Une inculpation n'est pas suffisante pour les ONG défendant les droits de l'homme

L'ONG Human Rights Watch a déploré qu'il ait fallu attendre l'existence de ces camps pour qu'une réaction intervienne. L'inculpation de fonctionnaires et d'un général dans ce trafic lucratif n'est pas surprenante. La traite d'êtres humains en Thaïlande est considérée comme «hors de contrôle» par la même ONG. La plupart des organisations accusent depuis des années la police et l'armée thaïlandaises de fermer les yeux sur ce problème, voire même de le nourrir.

Le chef de la junte au pouvoir en Thaïlande avait promis en juin dernier d'«éradiquer» le trafic d'êtres humains et de ne pas épargner les fonctionnaires complices. «Nous ne laisserons pas des personnes influentes se placer au-dessus de la justice», a également assuré Wancha Roujanavong, porte-parole du parquet, lors d'une conférence de presse.

Mais les ONG dénoncent depuis des années la corruption des autorités et l'annonce de l'arrestation du général Manas avait laissé sceptique le responsable de Human Rights Watch à Bangkok, Sunai Phasuk: «Nous avons de sérieux doutes sur le fait qu'on annonce soudain l'arrestation d'un haut gradé, le général Manas, et seulement la sienne, alors qu'on sait parfaitement que ce trafic d'êtres humains implique des responsables de toutes les institutions compétentes. Est-ce qu'ils figurent dans l'enquête? Après le général Manas, est-ce que d'autres responsables liés à ces réseaux seront poursuivis? Voilà ce qu'il faudrait savoir».

Par Charlotte Chaulin - Le Figaro - 24 Juillet 2015