Hong Sok Hour, sénateur issu du parti d'opposition Sam Rainsy (SRP) est accusé d'avoir publié une « fausse » version d'un ancien traité. « C'est un acte de trahison impardonnable », a déclaré le Premier ministre, annonçant qu'un mandat d'arrêt avait été émis contre le sénateur lors d'une cérémonie de remise de diplômes à Phnom Penh.

Immunité bientôt levée

Il a précisé que l'immunité parlementaire du sénateur, qui est aussi citoyen français, allait être levée et a exhorté les ambassades étrangères à ne pas lui accorder l'asile.

Le SRP, aux côtés de l'autre groupe d'opposition, le parti du secours national du Cambodge (CNRP), critique la manière dont la frontière entre le Cambodge et le Vietnam, longue de 1,270 km, a été négociée. Ils accusent le parti majoritaire de laisser le Vietnam empiéter sur le territoire cambodgien en utilisant de fausses cartes pour délimiter la frontière.

Hong Sok Hour, président du comité anticorruption du Sénat a joué un rôle majeur ces dernières années dans les différentes campagnes du CNRP. Des attaques répétées à la frontière

Jeudi, le SRP a publié un communiqué niant les accusations de trahison. Le sénateur n'était pas immédiatement joignable pour commenter ces accusations.

Ces dernières années, l'opposition a régulièrement planifié des attaques à la frontière vietnamienne. Le mois dernier, 250 militants cambodgiens, dont un député du CNRP, ont attaqué la police et des citoyens vietnamiens.

Les troupes vietnamiennes, qui ont envahi le Cambodge pour combattre le régime des Khmers rouges en 1979, sont ensuite restées dans le pays pendant dix ans. Hun Sen, qui a pris le pouvoir lors de l'occupation vietnamienne, maintient de bonnes relations avec son voisin.

Ouest France avec Agence France Presse - 13 Août 2015


Cambodge : arrestation d'un sénateur d'opposition pour «trahison»

L’interpellation du sénateur cambodgien Hong Sok Hour, du Parti Sam Rainsy (SRP), tend un peu plus les relations entre le gouvernement de Phnom Penh et le mouvement d’opposition. L’origine de l’affaire : un commentaire et un faux document postés par le sénateur d’opposition sur Facebook, au sujet de la frontière entre le Cambodge et le Vietnam, dont les limites restent controversées. Ces publications ont déclenché les foudres du Premier ministre, Hun Sen, qui a ordonné l'arrestation de Hong Sok Hour pour « trahison ».

Quant au problème de fond, c’est celui d’un document officiel grossièrement falsifié et diffusé sur Internet. Cette falsification d’un article du traité d’amitié et de coopération entre le Cambodge et le Vietnam, signé en 1979 après la chute des Khmers rouges, et qui avait rétabli les relations diplomatiques, suggère que les deux pays négocieraient en vue d'éliminer les frontières nationales, alors que la version réelle affirme qu’ils vont travailler à « définir » la frontière pour garantir la paix. De quoi alimenter la rhétorique anti-vietnamienne, centrale dans le débat politique cambodgien.

Le sénateur Hong Sok Hour assure qu’il ne savait pas que le document qu'il a partagé sur Facebook était un faux. Mais cette affaire est une aubaine pour le gouvernement, accusé par l’opposition de travailler sur le tracé frontalier avec de mauvaises cartes, laissant le Vietnam empiéter sur le territoire national. La partie de ping-pong qui se joue sur la question de cette frontière promet d’être longue. Elle attend d’être résolue depuis les années 1960. Elle nécessiterait un consensus entre les partis politiques cambodgiens pour négocier avec le puissant voisin. Car même avec des cartes et des traités, les litiges ne se régleront qu’avec les Vietnamiens.

Par Anne Laure Porée - Radio France Internationale - 16 Août 2015