Un petit engin explosif a été lancé d’un pont sur des passants, mardi 18 août, sans faire de blessé, mais contribuant à l’atmosphère pesante qui règne dans la capitale. L’incident a eu lieu près du fleuve Chao Phraya et de grands hôtels, dans une zone touristique de la ville. La police n’a établi aucun lien immédiat avec l’attaque de la veille.

Selon les autorités, aucune piste n’est exclue pour retrouver les auteurs de l’attaque de lundi. Si le ministère des affaires étrangères thaïlandais a jugé qu’il était « trop tôt pour déterminer les motivations potentielles ou l’identité des auteurs » de l’attentat, Prayuth Chan-ocha, le premier ministre, à la tête de la junte, a pris moins de précautions, affirmant qu’« un suspect » avait été identifié grâce à des images des caméras de vidéosurveillance.

« C’est la pire attaque qui ait jamais eu lieu en Thaïlande, car elle ciblait directement des personnes innocentes. Ils veulent détruire notre économie, notre tourisme. (…) J’ai ordonné que les images des caméras soient vérifiées, car nous avons vu un suspect, mais ce n’était pas clair. »

Le premier ministre a tout de même déclaré devant les médias que ce suspect serait « originaire du nord-est du pays », une façon de dire qu’il pourrait appartenir au mouvement des « chemises rouges », soutien de l’ancien gouvernement de Yingluck Shinawatra, chassé par un coup d’Etat militaire en 2014. Dans un discours télévisé, mardi, Prayuth Chan-ocha a appelé tous les citoyens à la vigilance, leur demandant de contacter les autorités en cas de comportement suspect.

« La bombe visait à tuer le plus de personnes possible »

Une autre piste évoquée est celle de la rébellion musulmane du sud de la Thaïlande. La guerre qu’elle mène contre le gouvernement a fait plus de six mille cinq cents morts depuis 2004 – essentiellement des civils –, mais a rarement débordé au-delà des trois provinces du Sud. Une piste rapidement écartée, semble-t-il, par Udomdej Sitabutr, le vice-ministre de la défense, qui assure :

« Cela ne ressemble pas aux événements qui ont lieu dans le sud de la Thaïlande. Le type de bombe utilisée ne correspond pas non plus à ce qui se passe dans le Sud. »

« Le conflit relatif aux Ouïgours que la Thaïlande a renvoyés en Chine » a également été évoqué par la police locale devant les médias. Il y a quelques jours, la Thaïlande a en effet expulsé cent neuf Ouïgours vers la Chine. Des centaines, voire des milliers, de membres de cette minorité musulmane turcophone ont fui la Chine, où ils sont persécutés.

Tout le monde s’accorde néanmoins pour dire que l’attentat visait des « étrangers » et voulait « porter atteinte au tourisme et à l’économie » du pays. Selon un porte-parole de la police, « la bombe visait à tuer le plus de personnes possible, puisque l’endroit est bondé aux alentours de 18 et 19 heures ».

La bombe artisanale avait été placée à l’intérieur du sanctuaire hindouiste d’Erawan, très fréquenté par les touristes asiatiques, à proximité de centres commerciaux et d’hôtels. Selon un bilan communiqué par le gouvernement, cinq victimes sont de nationalité thaïe. Les autres sont deux Malaisiens, un Singapourien, deux Hongkongais, deux Chinois, un Indonésien et une Britannique. Six corps n’ont pas encore été identifiés.

Le tourisme est l’un des rares secteurs du pays en relative bonne santé, plus d’un an après le coup d’Etat militaire. Il représente environ 10 % de l’activité de la Thaïlande, et le gouvernement espérait un nombre record de visiteurs en 2015, notamment pour asseoir sa légitimité. Quelques heures après l’attaque, le cours du baht s’effondrait, atteignant son plus bas niveau en six ans.

Le Monde avec AFP, AP, Reuters - 18 Août 2015