Le porte-parole de la police thaïlandaise, Prawut Thavornsiri, a annoncé lors d’une conférence de presse organisée dans la soirée à Bangkok que le suspect disposait d’une dizaine de passeports. Des images d’un passeport turc portant la photo d’un jeune homme à courte barbe et le nom d’Adem Karadag avaient préalablement été diffusées à la télévision.

« Querelle privée »

La photo de ce passeport avait auparavant circulé sur les réseaux sociaux, avec les allures d’un faux grossier, bourré d’erreurs, où même le nom d’Istanbul, en turc, était mal orthographié.

Le chef adjoint de la police thaïlandaise, Chakthip Chaijinda, a déclaré être « assez certain que la personne arrêtée soit liée à l’attentat ». « L’enquête va dans la bonne direction », a-t-il assuré, alors que les autorités avaient ces derniers jours multiplié les déclarations contradictoires, indiquant que les investigations en cours ne menaient nulle part.

Le suspect était motivé par une « querelle privée » et la piste du terrorisme international semble « peu probable », a annoncé le chef de la police nationale, Somyot Poompanmoung, à la télévision. « Il est peu probable que ce soit un terroriste international. »

Les policiers ont dit qu’ils avaient trouvé chez le suspect des roulements à billes semblables à ceux placés dans la bombe qui a explosé le 17 août dans un temple hindou très fréquenté par les touristes en plein centre de Bangkok. Vingt personnes avaient été tuées, dont une majorité d’étrangers, la plupart chinois ou d’origine chinoise. Plus de cent personnes avaient été blessées, dont une douzaine sont toujours dans un état critique.

Caméras de surveillance

Si la nationalité du suspect devait se confirmer, la « piste ouïghoure » serait relancée : plus d’une centaine de clandestins appartenant à cette minorité chinoise turcophone de la province du Xinjiang avait été expulsée par le gouvernement thaïlandais en juillet dernier. Avec des conséquences potentiellement dramatiques pour certains d’entre eux, qui ont pu éventuellement être taxés de « séparatisme » à leur retour en Chine, alors que la répression s’aiguise au Xinjiang.

Certains analystes ont ainsi avancé récemment que l’attentat ait pu être commandité par le mouvement pan-turc fascisant des « Loups gris » pour frapper la Thaïlande et venger les Ouïghours.

« Le suspect ressemble à celui que nous recherchions », a précisé le chef adjoint de la police. Depuis plusieurs jours, de grandes photos d’un suspect filmé par des caméras de surveillance installées près du temple où avait été placée la bombe étaient placardées dans Bangkok. Les photos montraient le portrait robot d’un jeune homme à lunettes, la tignasse fournie et un début de barbe. Les caméras avaient filmé avant l’explosion cet homme vêtu d’un tee-shirt jaune qui laissait discrètement un gros sac à dos sous un banc avant de s’éloigner.

Il avait ensuite pris une moto taxi dont le chauffeur avait par la suite déclaré avoir entendu son client s’exprimer au téléphone dans une langue qui n’était « ni du thaï, ni de l’anglais ».

Par Bruno Philip - Le Monde - 29 Août 2015


Thaïlande : le suspect arrêté ne coopère pas

Les autorités thaïlandaises ont indiqué dimanche que l’homme arrêté en lien avec l’explosion mortelle à Bangkok ne coopérait pas avec les enquêteurs et qu’il leur mentait possiblement. Le suspect demeurera détenu pour au moins sept autres jours.

Un étranger dont le nom n’a pas été dévoilé a été arrêté samedi dans un appartement en banlieue de la capitale thaïlandaise, où les policiers ont saisi du matériel servant à fabriquer des bombes et «plus de 200 faux passeports». Il s’agit de la première avancée importante dans l’enquête sur l’attentat du 17 août dans un sanctuaire, qui a fait 20 morts et plus de 120 blessés.

Le porte-parole de la police nationale Prawuth Thavornsiri a expliqué à l’Associated Press que la plupart des passeports retrouvés étaient vides. Les enquêteurs croient que l’homme aurait pu faire partie d’un réseau qui fournissait les faux documents à des migrants. Tous les passeports provenaient du même pays, qu’il n’a pas voulu nommer.

Il n’a pas voulu préciser non plus pourquoi un réseau de distribution de faux passeports s’en prendrait à un sanctuaire religieux.

Peu d’informations circulent sur le suspect, dont on ignore la nationalité, le motif et sa relation avec le réseau qui aurait orchestré l’attaque. M. Prawuth a ajouté qu’une autre attaque était «possible» puisque la police a trouvé dix détonateurs de bombe.

Les policiers travaillent avec «quelques ambassades» et des interprètes tentent de déterminer la nationalité de l’homme, qui ne parle pas le thaï, mais qui a quelques notions en anglais.

«Il ne coopère pas beaucoup. À la lumière de notre enquête préliminaire, nous croyons qu’il ne nous dit pas la vérité. Il nous a expliqué comment il était entré en Thaïlande, mais nous ne croyons pas tout ce qu’il dit», a affirmé M. Prawuth, refusant d’élaborer sur les détails.

Les autorités ont une fois de plus évité les questions sur les possibles origines turques de l’homme. Samedi, M. Prawuth a assuré que les enquêteurs «ne savaient pas» s’il était Turc.

L’ambassade turque à Bangkok n’a pas rappelé l’Associated Press, dimanche. Un porte-parole du gouvernement turc contacté la veille avait affirmé qu’il n’avait pas d’information sur le suspect ou sur les liens présumés entre la Turquie et l’attaque.

Personne n’a revendiqué la responsabilité de l’explosion de Bangkok, qui est décrite comme l’une des attaques plus meurtrières de l’histoire moderne du pays.

Par Nattasuda Anusondisai & Jocelyn Gecker - The Associated Press - 30 août 2015