Le 31 août, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre son épouse vietnamienne et sa fille de 4 ans à Hanoï, Siamak Heydary a été refoulé vers la Suisse par les agents de l’aéroport. «Cet événement a beaucoup choqué ma famille et moi-même», résume cet habitant d’Onex. Siamak Heydary est Kurde d’origine iranienne. En 2007, le journaliste a obtenu le statut de réfugié en Suisse, puis un permis C. Mais il n’a jamais eu de passeport, «parce que je n’ai pas fait l’armée en Iran». Pour sortir de Suisse, le Secrétariat d’Etat aux migrations lui a donc remis un titre de voyage.

Ce document permet aux réfugiés de se rendre dans tous les pays, excepté celui d’où ils se sont enfuis. Et c’est ce carnet bleu, quasi identique au passeport suisse, qui n’a pas été reconnu par l’agent de douane vietnamien. «Il disait que comme il n’y avait pas la mention «passeport» cela ne pouvait pas être un vrai document. J’ai tenté d’expliquer la situation à tout le personnel, personne ne voulait écouter. Ils m’ont fait attendre deux heures, puis m’ont escorté vers un avion et expulsé comme un criminel.»

Le père de famille avait pourtant obtenu un visa pour le Vietnam deux semaines auparavant. Il s’est également rendu dans le pays de son épouse à deux reprises; en 2008 pour son mariage et en 2010 pour les vacances.

Son titre de voyage ayant été refait en 2012, il n’avait pas sur lui la preuve de ses derniers séjours à Hanoï. «Je leur ai dit de vérifier dans leur système, mais vraisemblablement la machine ne marchait pas», raconte-t-il.

De retour à Genève, Siamak Heydary cherche à comprendre ce qui lui est arrivé. Le Secrétariat d’Etat aux migrations avance une explication. «Tous les Etats signataires de la Convention de 1951 sur le statut de réfugié et du Protocole de 1967 reconnaissent la validité de ce titre de voyage», explique sa porte-parole Céline Kohlprath. Or, cent quarante-quatre pays ont ratifié ces textes, mais pas le Vietnam. Si tel est le cas, pourquoi avoir délivré un visa? L’ambassade du Vietnam en Suisse n’a répondu à aucune de nos questions.

L’humiliation passée, Siamak Heydary garde une rancœur. «Je n’ai même pas pu aller dire au revoir à ma fille qui m’attendait à l’arrivée, soupire-t-il. Et au final j’ai perdu près de 2000 francs de billets d’avion et d’hôtel que personne ne me remboursera. Sans compter la demi-heure passée avec ma femme au téléphone pour lui expliquer la situation et tenter de convaincre les agents que nous étions bel et bien mariés.»

Par Laure Gabus - La tribune de Genève - 7 septembre 2015