"C'est la première fois qu'un tribunal militaire prononce une condamnation avec sursis pour une personne reconnue coupable de lèse-majesté", explique dans un communiqué l'ONG de défense des droits de l'Homme iLaw, qui recense les affaires de lèse-majesté, habituellement punies de plusieurs années de prison ferme.

Suwat Apaipakdi, avocat du condamné, a confirmé à l'AFP cette décision de justice.

Le 2 février, ce webmaster avait reproduit le bulletin sur la santé du roi, en toute bonne foi selon sa défense, sur le site d'ASTV-Manager, média fondé par le meneur des Chemises jaunes ultra-royalistes Sondhi Limthongkul, acteur clef du coup d'Etat de 2006 contre le Premier ministre Thaksin Shinawatra, considéré comme une menace à la monarchie.

Mais le bulletin sur la santé du roi, habituellement diffusé par le palais via Facebook, s'était révélé être un faux, suscitant un scandale en Thaïlande, où le roi Bhumibol Adulyadej, âgé de 87 ans, a un statut de demi-dieu.

Le faux-bulletin avait été retiré du site le 3 février, ce qui n'avait pas empêché le webmaster d'être arrêté quelques jours plus tard. Le tribunal militaire de Bangkok ayant rendu cette décision mardi l'a justifiée par le fait que "l'accusé a ainsi réparé son erreur immédiatement".

Habituellement, la loi de lèse-majesté est utilisée contre les partisans des Chemises rouges, mouvement soutenant la famille politique de Thaksin Shinawatra et de sa soeur Yingluck, dont le gouvernement élu a été balayé du pouvoir par le coup d'Etat de mai 2014. Mais de plus en plus de citoyens ordinaires se retrouvent condamnés pour des propos jugés anti-royalistes sur les réseaux sociaux.

L'ONG iLaw s'interroge sur le sort qui sera réservé à un partisan des Chemises rouges, arrêté lui aussi pour avoir diffusé ce faux bulletin sur la santé du roi. Son procès doit débuter le 19 octobre.

La Thaïlande possède une des lois de lèse-majesté les plus sévères au monde. Ce faux-bulletin de santé, dont l'auteur n'a toujours pas été identifié, avait été largement partagé sur les réseaux sociaux, dans un contexte de grande inquiétude sur la santé du roi, hospitalisé depuis des mois.

Agence France Presse - 1er Octobre 2015


En Thaïlande, des sites gouvernementaux bloqués pour dénoncer un plan de censure à la chinoise

La Thaïlande a annoncé jeudi que plusieurs sites gouvernementaux avaient été brièvement bloqués par des opposants à son projet de contrôle de l'accès à internet, dénoncé comme une "Grande muraille" à la chinoise.

Le site du ministère de l'Information, des Communications et des Technologies, en charge de ce projet, a notamment été rendu inaccessible pendant plusieurs heures mercredi soir, après l'envoi coordonné d'une multitude de requêtes.

Somsak Khaosuwan, haut-responsable du ministère, a confirmé à l'AFP que cette attaque était "une action symbolique" menée par des opposants au projet de limitation à une unique passerelle internet unique entre le réseau mondial et le réseau thaïlandais, perçu comme un outil de censure.

Des dizaines de milliers d'internautes ont signé une pétition sur Change.org contre ce projet, discrètement annoncé sur un site du gouvernement.

Internet fait figure de rare espace de liberté dans ce pays où il est interdit de manifester. La junte arrivée au pouvoir par un coup d'Etat en mai 2014 a multiplié les poursuites contre les internautes, notamment pour toute publication jugée anti-monarchiste, dans ce royaume doté d'une des lois de lèse-majesté les plus drastiques au monde. Un homme a été ainsi condamné en août à 30 ans de prison pour des messages publiés sur Facebook jugés insultants pour la famille royale.

Les comparaisons avec la censure chinoise, surnommée le "Great Firewall", jeu de mot en anglais qui mélange les termes "Grande Muraille" ("Great Wall") et pare-feu ("firewall") se sont multipliées.

Pour l'heure, en Thaïlande, Twitter, Facebook et Youtube sont accessibles, contrairement à la Chine. La "cyberpolice" se contente d'empêcher au cas par cas l'accès à des sites au contenu jugé sensible.

Agence France Presse - 1er Octobre 2015