Hier banquier, Samuel Maruta n'aurait jamais imaginé devenir un jour une star du chocolat. Parti au Vietnam en mai 2007 pour le compte de la Société générale après un cursus classique, à Sciences Po puis à l'Essec, c'est pourtant dans le delta du Mékong que sa vie a basculé. « Tout s'est joué pendant les vacances de février 2010 », se rappelle-t-il. Désireux d'explorer le pays en scooter, il quitte Hô-Chi-Minh-Ville pour un long week-end avec l'un de ses amis, Vincent Mourou, qui travaille à l'époque dans la publicité. Les deux garçons tombent à Bà Ria sur une petite ferme familiale qui produit du cacao. Ils y achètent quelques kilos de fèves.

À l'époque, une idée commence à germer en eux. À l'approche de la quarantaine, ils ont envie de créer leur propre entreprise. Ils envisagent un moment de se lancer dans le trading de matière première agricole. Mais leur gourmandise va contrecarrer ces plans. Le soir même, les deux complices tentent, en effet, de « faire » du chocolat. Ils torréfient les fèves dans la gazinière de Samuel. Puis, mélangeant du sucre de canne au cacao, ils mixent le tout pendant des heures au point de casser leur robot. « Ma femme n'était pas très heureuse de l'état dans lequel on avait mis la cuisine. Notre chocolat était encore très grumeleux, mais son arôme… exceptionnel ! » rit encore Samuel Maruta, cinq ans plus tard.

Naissance d'une vocation

Ce premier essai leur donne envie de recommencer. À mesure qu'ils raffineront leur recette, les deux expatriés vont vite imaginer en faire leur métier. Ils démissionnent de leurs métiers respectifs pour créer leur fabrique de chocolat, baptisé « Marou » (contraction de leurs deux patronymes). Ils s'installent au printemps 2011 dans un faubourg de l'ancienne Saïgon, et mettent en production leurs premières tablettes. Emballé dans un joli papier kraft imprimé par leurs soins, leur chocolat noir ne tarde pas à être repéré par les esthètes. Nommés « jeunes espoirs » au Salon du chocolat 2012, ils s'adjoignent les services d'Arnaud Normand, ancien de chez Loiseau, passé par le groupe Lucien Barrière. Ils ciblent les épiceries de luxe et les palaces des quatre continents. Après avoir percé en Europe, ils partent à la conquête des États-Unis, puis du Japon dès l'année suivante. Samuel Maruta, franco-japonais, s'y meut en ambassadeur du cacao vietnamien, peu connu du grand public. Et pour cause ! Importée en Indochine par les Français au XIXe siècle, la culture de cet arbre d'origine sud-américaine représente moins de 0,5 % de la production mondiale.

Success-story

Quatre ans plus tard, Samuel et Vincent produisent près de quarante tonnes de chocolat par an. Une trentaine de personnes travaillent à la fabrique. Leur petite entreprise fait vivre une vingtaine de familles de fermiers qui cultivent, de manière « raisonnée », des parcelles de moins de trois hectares. Après avoir appris le vietnamien, les deux Français s'apprêtent désormais à passer à la vitesse supérieure en plantant 4 000 cacaoyers sur les hauts plateaux où on cultivait jusque-là le caoutchouc. « Nous avons identifié un terrain de cinq hectares boisés que nous souhaitons travailler de manière respectueuse de l'environnement sans procéder à des coupes claires », indique l'ancien financier, devenu agro-forestier.

Samuel Maruta et Vincent Mourou préparent, par ailleurs, l'ouverture d'un magasin dédié à leurs chocolats dans une ancienne bâtisse édifiée en 1910 en face du marché central d'Hô-Chi-Minh-Ville. L'inauguration de cette première « maison Marou » est prévue pour début 2016 et devrait donner une visibilité encore accrue à cette PME qui distribue déjà ses tablettes dans vingt pays à travers le monde. Jusqu'en Australie.

Par Baudouin Eschapasse - Le Point - 2 Novembre 2015

Plus d'informations sur: http://marouchocolate.com