Le Trans-Pacific Partnership (TPP), accord englobant une douzaine de pays, dont les États-Unis, le Canada, des pays d’Amérique latine et du Pacifique ainsi que le Vietnam, constitue une épée de Damoclès sur les pays producteurs textiles africains bénéficiaires de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), dont Maurice. Les dispositions favorables que représente le TPP pour l’industrie textile vietnamienne représentent une menace sérieuse pour les producteurs textiles mauriciens exportant vers le marché américain. C’est l’avis de Paul Ryberg, dirigeant de la Mauritius-United States Business Association (MUSBA) et un des principaux lobbyistes de Maurice pour tout ce qui touche à l’AGOA.

Basé à Washington, Paul Ryberg a fait le déplacement pour Maurice pour rencontrer les dirigeants de la Mauritius Exports Association (MEXA) et de la MUSBA, dont Maurice Vigier de La Tour, autre spécialiste du dossier AGOA, en vue d’évoquer la menace potentielle que représente le textile vietnamien sous le TPP pour les exportations mauriciennes, et également la stratégie que pourrait ou devrait adopter la partie mauricienne ensemble avec ses partenaires africains. Rencontrant Le Mauricien hier après-midi, Paul Ryberg est d’abord revenu sur l’adoption finale de l’AGOA par le Congrès américain et la signature du texte de loi par le président américain Barack Obama à la mi-2015. Qualifiant le renouvellement de l’AGOA et du 3rd Country Fabric pour une période dix ans de « major accomplishment », Paul Ryberg a indiqué que, malgré certaines appréhensions exprimées en cours de route, Maurice et les pays d’Afrique subsaharienne ont finalement obtenu ce qu’ils recherchaient en termes de facilités d’accès au marché américain.

Mais, deux mois après le vote de l’AGOA, les négociations concernant le TPP, qui étaient étalées sur une longue période, arrivaient à terme et en dépit de la demande des mises en garde des lobbyistes de l’AGOA au United States Trade Representative (USTR), les dispositions du TPP auront, selon Paul Ryberg, des retombées très néfastes sur les producteurs textiles africains. Le TPP fait provision pour une élimination tarifaire sur les produits textiles entrant aux États-Unis et en provenance des pays concernés par l’accord de partenariat. Ce « phasing out » des tarifs est étalé sur une longue période et est accompagné de règles d’origine assouplies. Trois catégories de produits ayant un poids conséquent sont en lice dans les pays membres de l’AGOA en général (soit 80 % des exportations totales) et pour Maurice (90 %). Ceci concerne les chemises, les jeans/pantalons et t-shirts/polo shirts. Ces trois catégories de produits, a indiqué Paul Ryberg, sont « critical » pour Maurice.

Traitement préférentiel

Pour ce qui est des chemises, le Vietnam, sous le TPP, bénéficiera d’un traitement tarifaire préférentiel, l’exemption des droits de douane pouvant aller jusqu’à 50 %. Pour les jeans, une réduction tarifaire de 35 % était applicable dès le départ, alors que pour les t-shirts/polo shirts un traitement différencié est prévu. « Il sera encore plus difficile pour les pays africains de concurrencer le textile vietnamien, qui a bénéficié de divers avantages », a indiqué le lobbyiste de Maurice. Déjà, les exportations de produits d’habillement du Vietnam vers les États-Unis dépassent largement celles des pays de l’AGOA. Depuis 2004, avec le démantèlement de l’Accord Multifibre, les exportations vietnamiennes ont triplé, alors que celles de l’Afrique ont chuté lourdement. (-42 %). Pour un produit comme la chemise, les exportations vietnamiennes ont rapporté 2,7 milliards de dollars en 2014, tandis que les pays de l’AGOA n’ont réalisé que 173 millions de dollars, Maurice seule assurant des exportations de 151 millions de dollars.

Les négociations concernant le TPP ont été conclues, mais l’accord n’a pas encore été signé, fait ressortir Paul Ryberg. Cela pourrait l’être avant fin décembre si les autorités américaines ont recours à la Trade Promotion Authority (TPA) qui prévoit un « fast track vote ». Au cas contraire, il faudra attendre jusqu’à mai 2016 pour savoir ce qu’il adviendra du TPP. Cependant, Paul Ryberg fait comprendre qu’en considérant l’approche des élections présidentielles et les prises de position des candidats, il est difficile de se prononcer sur la suite des événements. Entre-temps, estime le lobbyiste, Maurice et les pays bénéficiaires de l’AGOA devront continuer à mener campagne pour que les exportations textiles africaines ne soient pas pénalisées par le TPP. D’où ses rencontres avec les représentants du gouvernement et les producteurs mauriciens exportant vers le marché américain. Paul Ryberg a soumis un document d’analyse de la situation aux autorités locales. « Une stratégie doit être dégagée immédiatement et il est impérieux que toutes les parties prenantes soient fermement engagées dans la campagne », ajoute Paul Ryberg, qui se rendra la semaine prochaine au Lesotho pour une mission de sensibilisation des opérateurs économiques comme il l’a fait au Kenya.

La stratégie pour Maurice, a fait ressortir Paul Ryberg, est de diversifier autant que possible ses exportations. « You must broaden the base and try to see in which category of products you are the most competitive », a-t-il ajouté.

Le Mauricien - 24 Novembre 2015