Grand arpenteur du continent asiatique, et explorateur de ses cultures, le réalisateur français Alain Mazars s’est inspiré de cet épisode pour confronter, dans un dispositif complexe, le legs de cet écrivain visionnaire, prophète des sociétés de contrôle et de surveillance contemporaines, avec l’état de cette ancienne colonie qu’est la Birmanie, qui s’extirpe aujourd’hui seulement d’un demi-siècle de dictature. Frontières brouillées entre documentaire et fiction

Le film revient sur les lieux où a vécu Orwell pendant son séjour dans le pays. Des hommes et des femmes lancés sur ses traces (moines, anciens prisonniers politiques…) débattent des enjeux du roman 1984, qu’ils mettent en regard avec l’histoire nationale. D’autres jouent des saynètes de fiction en s’inspirant des écrits de George Orwell. En off, une voix birmane étouffée, semblant venue d’outre-tombe, prend en charge l’histoire de l’écrivain, à la première personne.

Les personnages sont les rouages d’un jeu de correspondance abstrait entre présent et passé, colonialisme et régime autoritaire – une structure narrative aux points de vue éclatés, qui brouille les frontières entre documentaire et fiction. Mais ils n’ont pas véritablement d’existence concrète par ailleurs. Qui sont-ils, hors de leur rapport avec Orwell ? A quoi aspirent-ils ? Le film ne répond pas, ou trop peu, à ces questions et se coupe par là même de ce qui aurait pu en constituer le ressort politique. En restant obstinément focalisé sur le personnage et l’œuvre de l’écrivain, il tourne un peu à vide.

Par Isabelle Regnier - Le Monde - 24 Novembre 2015

Documentaire français d’Alain Mazars (1 h 32). Sur le Web : www.alain-mazars.fr/film.php?r=birmane