Exerçant sans diplôme, comme de nombreux praticiens des zones rurales du Cambodge, Yem Chroeum, âgé de 55 ans, a été reconnu coupable d’avoir contaminé plus de 100 personnes d’un même village isolé, dont des vieillards et des enfants, en réutilisant des seringues usagées.

Le tribunal n’a finalement pas retenu les accusations de meurtres avec préméditation, passible de la prison à vie, mais l’a condamné pour homicides involontaires.

«Mon client insiste toujours pour dire qu’il est innocent», a déclaré à l’AFP Em Sovann, son avocat, après l’annonce du verdict. Ce dernier a plusieurs fois expliqué qu’il ne se rendait pas compte des risques.

Ce scandale sanitaire révélé en décembre 2014 avait mis en lumière l’indigence du système de santé cambodgien, s’appuyant largement sur des médecins sans diplôme dans les zones rurales.

Tout avait commencé en novembre 2014, quand un villageois de 74 ans a été testé positif, puis sa petite-fille et son beau-fils. La piste d’aiguilles infectées avait été rapidement évoquée et le ministère de la Santé avait promis de mettre fin au phénomène des médecins sans licence.

Ces médecins non-enregistrés sont nombreux dans les campagnes de ce pays d’Asie du sud-est qui reste l’un des plus pauvres au monde. Ce phénomène s’y est développé après la chute des Khmers rouges (1975-1979), dont le régime a décimé de nombreux médecins. Au total, quelque deux millions de personnes -un quart de la population – ont été tuées par le régime, en vertu d’une utopie égalitariste et agrarienne ayant renvoyé les citadins aux champs, notamment les intellectuels.

Selon la Banque mondiale, le Cambodge ne compte que 0,2 médecin pour 100.000 habitants, un niveau similaire à l’Afghanistan. Même un pays voisin comme la Birmanie, au système de santé très déficient, compte 0,4 médecin pour 100.000 habitants. Un pays comme la France en compte 3,2 pour 100.000 habitants.

Agence Belga - 3 décembre 2015