Vivre en Thaïlande « aujourd’hui est devenu dangereux. Personne ne peut me protéger maintenant », a-t-il expliqué dans un message envoyé depuis l’étranger. Aucune confirmation n’a pu être obtenue dans un premier temps auprès des autorités australiennes de sa demande d’asile, mais il est déjà en Australie, selon l’édition australienne du Guardian, qui publie un entretien avec l’officier. « Il doit y avoir un endroit sûr pour moi », a déclaré jeudi M. Pongsirin dans une interview à la chaîne Australian Broadcasting Corp., quelques jours après son arrivée à Melbourne avec un visa de touriste.

153 mandats d’arrêt

L’ampleur des filières de migrants en Thaïlande, dénoncées depuis des années par les ONG, était parvenue sur le devant de la scène en mai, avec la découverte de fosses communes dans des camps de transit en pleine jungle, dans le sud du pays. Paween Pongsirin avait été nommé responsable de l’enquête, qui s’était orientée vers une implication de responsables militaires et policiers. Mais l’enquête avait été déclarée close dès octobre, au grand dam du policier.

Dans une interview à l’AFP en novembre, quelques jours avant sa démission à la suite de la dissolution de son équipe d’enquêteurs, il disait regretter que son enquête ait été close trop rapidement, laissant de nombreux suspects toujours en liberté. Visiblement éprouvé et inquiet lors de cette interview réalisée à Bangkok, Paween Pongsirin se disait déjà menacé.

« Nous avons émis 153 mandats d’arrêt à travers le pays, et cela incluait des responsables du gouvernement, a expliqué le policier. Je faisais juste mon devoir, sans penser au danger ou aux troubles, mais je comprends désormais combien c’était dangereux. »

Procès de trafiquants

La junte militaire thaïlandaise, soucieuse de débarrasser le pays de sa réputation de plaque tournante du trafic d’êtres humains, avait affiché sa résolution de désorganiser les filières. En mai, cela avait conduit les passeurs à abandonner en mer des milliers de migrants de Birmanie ou du Bangladesh, fuyant la misère.

La Thaïlande a inculpé 88 personnes soupçonnées de trafic d’êtres humains depuis l’ouverture d’une enquête nationale sur les bandes spécialisées dans ce commerce. Mais malgré l’ouverture d’un procès à Bangkok en novembre, avec sur le banc des accusés le général Manas Kongpan, organisateur du trafic, l’ampleur du réseau n’a pas été révélée, selon Paween Pongsirin. Depuis des années, les ONG accusent la police et l’armée de fermer les yeux, voire d’être complices des trafiquants.

Dans son dernier classement TIP (« Trafficking in Persons »), le département d’Etat américain déplore que la Thaïlande ne combatte pas suffisamment ce problème, malgré ses grandes déclarations (la partie du rapport consacrée à la Thaïlande, au format PDF).

Le Monde avec Agence France Presse et Reuters - 10 décembre 2015


En Thaïlande, de la prison pour un “like” sur Facebook

La junte thaïlandaise enchaîne les arrestations de personnes qu’elles accusent de vouloir saborder son autorité ou de critiquer la monarchie.

Très embarrassée par les rumeurs de corruption entourant la très coûteuse construction d’un parc public récemment construit par l’armée, la junte thaïlandaise enchaîne les arrestations de personnes qu’elles accusent de vouloir saborder son autorité ou de critiquer la monarchie. Un jeune ouvrier de 27 ans vient ainsi d’être interpellé après avoir posté, en début de semaine, sur son compte Facebook une infographie accusant des responsables de l’armée, et notamment de Prayut Chan-o-cha, l’homme fort du régime, d’avoir illégalement profité de la construction du parc Rajabhakti, officiellement dédié à la monarchie. L’infographie avait auparavant circulé sur plusieurs sites critiquant le pouvoir militaire.

Pour justifier l’arrestation et l’inculpation du jeune homme, le major General Wicharn Jodtaeng, qui dirige les affaires juridiques du Conseil national pour la paix et le maintien de l’ordre – l’exécutif de la junte -, a indiqué que ses enquêteurs avaient découvert que l’accusé avait également “liker”, début décembre, sur son compte des “images inappropriées” insultant la monarchie et menaçant la sécurité nationale. Ils se retrouve, dès lors, accusé de crime de lèse-majesté, de sédition et de délit informatique. Il risque d’être condamné à plusieurs dizaines d’année de prison par un tribunal militaire, n’autorisant pas de procédure d’appel.

Cette nouvelle affaire fait suite à de nombreuses interpellations, ces derniers jours, d’étudiants ou d’opposants par la junte qui apparaît extrêmement anxieuse. Les militaires avaient pris le pouvoir en mai 2014 pour officiellement protéger la famille royale, mettre fin à la corruption endémique dans le pays et parmi la classe politique ou encore redresser l’économie thaïlandaise. Mais elle a depuis peiné à relancer la croissance et les accusations de corruption liées au chantier du parc ternissent sa légitimité. Après avoir réfuté les accusations de corruption sur ce projet controversé, les dirigeants de l’armée ont laissé le ministère de la Défense annoncer l’ouverture d’une enquête. Mais les médias et les réseaux sociaux se sont offusqués de voir cette enquête confiée au... frère de Prayut Chan-o-cha, qui est également général.

Par Yann Rousseau & Alain Ruello - Les Echos - 10 décembre 2015