Depuis le coup d’Etat militaire en 2014, le royaume poursuit sa dérive autocratique. Lundi, un tribunal militaire a approuvé la mise en détention d’un ouvrier de 27 ans, Thanakorn Siripaiboon, accusé d’avoir partagé des commentaires sur Facebook jugés «sarcastiques» sur le chien du roi, Tongdaeng.

Le peuple thaïlandais voue un culte quasi divin à son monarque, le roi Bhumibol. Mais le crime de lèse-majesté, au nom duquel des citoyens sont envoyés en prison pour des commentaires sur Facebook ou des graffitis dans les toilettes, est devenu une des armes les plus spectaculaires utilisée par la junte pour la mise au pas de toute opposition. Et l’offense au chien est une première, même si le roi voue à Tongdaeng une dévotion étonnante, étant allé jusqu'à écrire sa biographie, en 2002.

Selon l’avocat de Thanakorn, cité par le site Khaosod, le procureur du tribunal militaire a énoncé lundi comme charges contre l’accusé : «Le 6 décembre 2015, le suspect a copié trois images depuis Twitter et les a relayées sur sa page Facebook. Ces images véhiculent un contenu sarcastique sur le chien royal», sans donner plus de détails. Le jeune homme est aussi accusé d’avoir liké une image du roi jugée offensante sur Facebook et d’avoir relayé sur les réseaux sociaux «une infographie erronée».

Corruption

L’infographie en question exposait les ramifications d’une affaire de corruption concernant le projet pharaonique du parc Rajabhakti, dédié à la dernière dynastie des rois de Thaïlande, dans laquelle des hauts responsables militaires seraient impliqués. Une femme de 61 ans a été récemment emprisonnée pour avoir partagé des messages sur Facebook accusant l’armée de corruption dans cette affaire, et un autre homme a été arrêté dimanche pour avoir lui aussi partagé l’infographie sur le parc Rajabhakti.

«La détention secrète de Thanakorn devrait mettre tous les voyants au rouge, spécialement depuis que les autorités thaïlandaises ont échoué à résoudre les causes du décès de deux gardés à vue dans les geôles de l’armée», déclarait vendredi l’ONG Human Rights Watch. Il y a un mois, un célèbre astrologue a été retrouvé mort dans sa cellule, trois semaines après un officier de police. Ils avaient été arrêtés eux aussi pour crime de lèse-majesté.

Par Laurence Defranoux - Libération - 14 décembre 2015