Khun Tongdaeng est la chienne du roi de Thaïlande. Et elle fait ce mardi la une des journaux du royaume, du "Khaosod" au "Matichon" en passant par le "Thairath".

Âgée de 17 ans, la chienne était malade depuis plusieurs années et ne faisait plus d'apparitions publiques. Mais sa photo était reprise sur les nombreux calendriers et affiches ornant boutiques, bureaux et foyers de Thaïlande.

Et un internaute est détenu depuis début décembre, dans l'attente de son procès pour lèse-majesté, pour lui avoir manqué de respect.

Le roi Bhumibol Adulyadej, 88 ans, est présenté comme un demi-dieu par une propagande développée depuis des décennies, la reine, son héritier ou le régent est passible de 15 ans d'emprisonnement pour chaque délit. Et sa chienne est investie d'un fort pouvoir symbolique : elle fait notamment l'objet d'un film d'animation au cinéma depuis le début du mois, et d'un livre écrit par le roi en 2002.

Le Nouvel Observateur avec Agence France Presse - 29 décembre 2015


Les Thaïlandais rendent hommage à la chienne du roi, décédée hier

En Thaïlande, la chienne du roi Bhumibol Adulyadej est décédée lundi soir, ce qui est considéré par les autorités et les médias du pays comme un événement d’importance nationale. Khun Thong Daeng, ou Madame Cuivre, comme la chienne était respectueusement nommée par les Thaïlandais, est morte dans un palais royal situé à 200 km au sud de la capitale, Bangkok.

La nouvelle a été donnée par un communiqué officiel de la faculté de médecine vétérinaire d’une université de Bangkok, lundi, tard dans la soirée. Khun Thong Daeng, dit le communiqué, est morte dans son sommeil à l’âge de 17 ans, des suites de troubles du foie et des reins. Dès mardi matin, la photo de la chienne royale était à la Une de tous les quotidiens pour accompagner l’annonce de son décès. L’information a aussi fait l’ouverture des journaux télévisés. C’est un traitement qui peut paraître étrange vu de l’extérieur de la Thaïlande. Mais, dans le pays, il y a une grande affection et même un grand respect pour cet animal.

Tout ceci est lié à la quasi-adoration pour le roi de Thaïlande lui-même. Cette vénération presque religieuse pour le monarque a déteint sur cette chienne récupérée dans la rue et adoptée par le roi il y a plus de quinze ans. Celui-ci avait écrit un livre sur sa chienne Thong Daeng en 2002. Le roi y louait l’obéissance et la loyauté de Thong Daeng. Cela avait été vu à l’époque comme un message du roi aux Thaïlandais eux-mêmes, intimant à chacun de rester à sa place dans une société qui demeure fortement hiérarchisée.

Le crime de lèse-majesté appliqué aux animaux royaux

Mais ce traitement reservé à un animal n'est pas une exception. Le prince héritier Vajiralongkorn avait un caniche qui s’appelait Fou-Fou et qu’il avait nommé général d’aviation. Le caniche du prince est mort en janvier dernier. Quatre jours de rites funéraires bouddhiques ont été organisés avant sa crémation solennelle. Un jeune homme a été accusé il y a une dizaine de jours de lèse-majesté pour avoir fait un commentaire satirique sur sa page Facebook sur Thong Daeng, la chienne du roi. Il est actuellement en détention en attente de son procès.

La très sévère loi portant sur le crime de lèse-majesté n’est censée protéger que le roi, la reine et le prince héritier des insultes et des propos diffamatoires. Mais dans l’atmosphère empreinte de fanatisme qui prévaut actuellement à l’approche de la fin du règne, le roi étant âgé de 88 ans, l’interprétation par les juges est de plus en plus large et les limites du rationnel ont été transgressées. On peut désormais être condamné à plusieurs années de prison pour avoir critiqué un roi ayant régné il y a plusieurs siècles. Et cette accusation toute récente d’avoir diffamé la chienne du roi marque évidement une nouvelle étape dans cette dérive.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 30 décembre 2015