Les producteurs de caoutchouc menacent la junte en Thaïlande. Ces agriculteurs des provinces du sud étaient pourtant jusqu'à présent le principal soutien des militaires, mais ils sont très mécontents de leur sort.

Le prix du kilo de caoutchouc est au plus bas depuis son précédent plongeon en 2008. Et la junte thaïlandaise se refuse à acheter leur production 60 bahts, soit 1,65 dollar le kilo, comme ils le réclament : c'est deux fois sa valeur sur le marché aujourd'hui. Il n'est pas question pour le général Prayut d'imiter l'ancienne Premier ministre Yingluck Shinawatra qu'il a renversée en mai 2014. Il la traîne en procès à partir de vendredi prochain pour avoir justement lancé un programme d'achat du riz aux paysans du nord et du nord-est du pays qui a ruiné les finances publiques.

Racheter le plus de caoutchouc à un prix légèrement supérieur au marché

Les caisses sont vides, et les revenus d'exportation de la Thaïlande continuent de chuter avec les prix des matières premières. Ce que propose le général Prayut c'est, au mieux, que huit ministères achètent le plus possible de caoutchouc à un prix légèrement supérieur au marché, et qu'ils encouragent les entreprises à utiliser cette matière première pour réaliser les travaux d'infrastructures comme les stades, les routes, mais aussi pour fabriquer le matériel des hôpitaux.

Pas sûr que cela suffise à calmer la colère des planteurs. Ils disent n'avoir toujours pas reçu les aides précédentes à l'hectare promises à la fin de l'année dernière. Ils demandent aussi des comptes sur le mégacontrat de caoutchouc avec la Chine conclu à la fin de l'année dernière par la junte, qu'ils accusent de brader les stocks de caoutchouc du pays. Les planteurs sont prêts à faire la grève de la faim, voire à manifester. Or la junte a interdit toutes les manifestations, elle ne peut se dédire pour épargner les producteurs de caoutchouc, qui l'ont toujours soutenue, sauf à exposer son favoritisme.

Par Claire Fages - Radio France Internationale - 12 janvier 2016