Entre janvier et novembre, les investissements directs étrangers (IDE) dans le pays ont reculé de 78% sur un an à 93,8 milliards de bahts (2,4 milliards d'euros), selon les chiffres transmis mardi par le Board of Investment (BOI ), organisme d'Etat thaïlandais.

Des chiffres peu flatteurs pour le chef de la junte Prayuth Chan -O- Cha, qui a pris le pouvoir par un coup d'Etat en mai 2014, promettant de rétablir la stabilité mais qui peine à relancer l'économie atone du pays.

En décembre, Prayuth avait annoncé sans fard que 99,3% des Thaïlandais étaient satisfaits des résultats du gouvernement.

Après des années d’une croissance impressionnante, l'économie thaïlandaise est chancelante, embourbée dans l’endettement astronomique des ménages, des exportations hésitantes et une confiance des consommateurs en berne.

Le royaume est également confronté à la rude concurrence de ses voisins, dont l’attractivité est de plus en plus aiguisée comme le Vietnam, le Cambodge et la Birmanie.

Le plus inquiétant pour le Premier ministre/chef de la junte Prayuth est la baisse importante de l'investissement du Japon -historiquement le plus grand investisseur en Thaïlande et de loin- qui a chuté de 81 pour cent.

L’investissement de l'Union Européenne a également plongé, passant de 86,7 milliards de bahts en 2014 à seulement 2 milliards de baht l’année dernière.

L’investissement des États-Unis a lui aussi beaucoup diminué, tandis que les investissements chinois étaient seulement en légère baisse.

Krystal Tan, économiste de l’Asie pour Capital Economics, estime que ce phénomène est révélateur des fissures profondes au sein de l'économie thaïlandaise, qui affichait l’an dernier l’une des croissances les plus faibles de la région l'année dernière.

"Les chiffres de l’investissement direct étranger (IDE) en 2015 sont très faibles, ce qui traduit une confiance dans l'économie de la part des investisseurs étrangers qui reste fragile", souligne-t-elle.

"En gros, la compétitivité économique de la Thaïlande est sur le déclin", ajoute l’économiste.

"Le pays se trouve toujours face à des défis importants sur le plan politique, ce qui a des répercussions négatives sur la confiance des entreprises et des investisseurs".

Néanmoins, selon la secrétaire générale adjoint du BOI, Ajarin Pattanapanchai, cette chute serait due à de nouvelles mesures incitatives à l’investissement, entrées en vigueur en 2015, favorisant les projets recourant aux hautes technologies, qui encouragent l'innovation, ou contribuent à asseoir la Thaïlande comme un hub du commerce régional et international.

"Les projets que nous avons eus l'année dernière n’étaient pas nombreux, mais près de 70% étaient dans notre secteur cible", a-t-elle déclaré à l'AFP, ajoutant que le BOI s’attendait à ce que l’afflux d’investissements directs étrangers souffre en 2015.

"Nous avions compris qu’il allait baisser, nous nous y étions préparés, mais il est tout de même tombé plus bas que ce que nous pensions", a-t-elle souligné.

La Thaïlande a longtemps été une destination de choix pour les investisseurs en Asie du Sud-Est, avec des mesures économiques libérales, une main-d'œuvre qualifiée et un emplacement stratégique aux portes de la région du Grand Mékong.

Mais les analystes estiment que plusieurs années d'instabilité politique, dont deux coups d'Etat, ont miné le potentiel économique du pays.

Plus tôt ce mois-ci, la Banque mondiale prévoyait que le taux de croissance du PIB thaïlandais passerait de 2,5% en 2015 à seulement 2% cette année, de loin la projection la plus morose de la région.

Le Vietnam, à l’inverse, affiche un nombre record d’investissements étrangers en 2015 et le plus fort taux de croissance en cinq ans, 6,68%.

Lepetitjournal.com avec Agence France Presse - 14 janvier 2016