Le Thaïlandais a 30 ans quand il tourne ce film construit sur le principe surréaliste du cadavre exquis, où chaque scène en induit une autre, où des images documentaires croisent des passages joués. Mysterious Object at Noon a été tourné en plusieurs temps, et principalement avec une économie pour le moins précaire et une équipe réduite au possible.

Depuis, Weerasethakul n’a pas atteint les budgets de J.J. Abrams, mais il est évident que c’est aujourd’hui plus confortable. Aussi, on peut s’amuser à tracer des fils entre Cemetery of Splendour, Oncle Boonmee… et quelques fragments de Mysterious Object… Des enfants évoquent l’histoire d’un tigre qu’on retrouve quelques films plus tard, dans Tropical Malady notamment. On pense à Mekong Hotel devant cette équipe du film qui voyage en Thaïlande, et qui fait de l’entremêlement légende-réalité la matière même du cinéma de Weerasethakul. Comme une Nuit américaine frappée d’un vent mystique.

Ce qui étonne le plus, c’est la douceur avec laquelle le cinéaste filme les visages - ainsi que l’impression d’étrangeté face à son univers, qui se déploie en des contrées éloignées, mais n’en paraît pourtant pas moins proche en tous points.

Mysterious Object at Noon d’Apichatpong Weerasethakul, avec Somsri Pinyopol, Duangjai Hiransri… 1h23

Par Clément Ghys - Libération - 26 janvier 2016