Certains professionnels des médias ont "nui à la réputation du pays", a-t-il ajouté.

Selon les nouvelles règles en vigueur, les visas de presse ne seront délivrés à l'avenir qu'à des "correspondants à temps plein" d'"agences compétentes", ce qui dans les faits équivaut à écarter les journalistes freelance. Selon le ministre des Affaires étrangères, environ 500 journalistes étrangers sont actuellement enregistrés en Thaïlande. Selon lui, les changements instaurés ne constituent toutefois pas une "restriction" supplémentaire.

"Nous ne restreignons pas les droits des journalistes étrangers, loin de là. La Thaïlande a la presse la plus libre de toutes les nations asiatiques", a affirmé le ministre face à des reporters. "Nous avons simplement été trop mous dans l'application des règles, nous devons être plus ordonnés".

"Couverture injuste"

Depuis son accession au pouvoir en mai 2014, le gouvernement militaire a critiqué à de nombreuses reprises la manière dont les médias rapportent l'actualité. Le Premier ministre Prayuth Chan-ocha les a notamment accusés de "couverture injuste" et d'"incompréhension" des décisions du pouvoir militaire.

Agence Belga - 23 Février 2016


Thaïlande: des avocats mobilisés pour les droits bafoués des citoyens

Dix-huit mois après le coup d’Etat de 2014 en Thaïlande, le régime militaire a sérieusement érodé les libertés publiques dans le royaume. Harcèlement, arrestations, détentions dans des camps, comparutions devant des tribunaux militaires, les personnes critiques envers le régime font face à une répression constante justifiée par les militaires par la nécessité de maintenir l’ordre. Un groupe d’avocats se bat toutefois pour assister ceux dont les droits de l’homme sont violés par les militaires ou par la police.

Le centre des avocats des droits de l’homme a été créé deux jours après le coup d’Etat du 22 mai 2014. Le lendemain du coup d’Etat il y avait eu des manifestations d’étudiants s’opposant aux militaires dans le centre de Bangkok. Plusieurs d’entre eux avaient été arrêtées. C’est à ce moment que plusieurs avocats, surtout des avocates, spécialisées dans les droits de l’homme, se sont dit qu’il fallait mettre en place une structure pour apporter une assistance juridique aux victimes de la junte.

En effet, il y a eu des centaines d’arrestations d’universitaires, de journalistes, de politiciens, dans les mois qui ont suivi. Un climat de peur s’est progressivement instauré. Les avocats normaux n’osent plus défendre les personnes arrêtées par la junte. D’où la nécessité d’une organisation regroupant des avocats plus aguerris, avec une longue expérience dans le domaine des droits de l’homme.

Le crime de lèse-majesté, outil de répression

Beaucoup de leurs clients sont des personnes, notamment des étudiants, qui ont utilisé leur droit de libre expression pour critiquer la politique de la junte. Quand ces opposants sont arrêtés, ils sont souvent traduits devant des tribunaux militaires. C’est là que ces avocats interviennent pour assurer à l’accusé une défense en bonne et due forme. Un autre groupe est constitué par les personnes accusées de crime de lèse-majesté, c’est-à-dire accusées d’avoir diffamé la famille royale thaïlandaise – un crime sévèrement puni en Thaïlande. Depuis le coup d'Etat, environ 70 personnes ont été arrêtées pour lèse-majesté.

Des avocats pour les droits des citoyens

Le centre des avocats des droits de l’homme fait un travail de documentation et de publication des violations des droits de l’homme par la junte et des effets de ses mesures. Par exemple, il a publié des rapports sur la torture dans les prisons ou sur l’impact de l’exploitation des ressources naturelles par les militaires sur la vie des communautés villageoises. Et cela enrage littéralement le régime militaire, qui souhaite qu’il n’y ait aucune opposition publique à ses projets.

Les avocats vus comme des «traîtres à la nation»

C’est plus que des pressions. Il y a vraiment une campagne d’intimidation. Des policiers en civil rodent en permanence autour du petit bureau du centre, dans le nord de Bangkok. Des sites internet pro-militaires dénoncent les avocats du centre comme des « traîtres à la nation ». Et surtout, la police et la junte intentent des actions en justice contre ces avocats, pour le simple fait que ceux-ci essaient d’exercer leur métier.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 22 Février 2016