Dans son rapport présenté lors du séminaire scientifique organisé la semaine dernière dans la ville de Cân Tho, le professeur-docteur Nguyên Ngoc Trân, ancien vice-président du Comité d'État des sciences et des technologies, a souligné que onze projets de grands barrages hydroélectriques le long du Mékong avaient causé des glissements de terrain, un déséquilibre de l'écosystème et des effets néfastes sur les agriculteurs et les pêcheurs locaux.

Le delta du Mékong est situé dans le basin inférieur du Mékong qui couvre près de 800.000 kilomètres carrés. Le fleuve a servi de source de subsistance et de support culturel à de nombreuses sociétés depuis la nuit des temps.

La construction des barrages hydroélectriques empêche notamment la circulation des limons qui contribuent à réhabilitation du bassin. La diminution de 50% de la densité de boues augmente sensiblement les risques de glissements de terrain dans le delta du Mékong. Cela signifie que les agriculteurs locaux vont perdre des terres arables.

La construction des barrages hydroélectriques menacent la faune et la flore et, à terme, le mode de vie des habitants. La pêche, ressource essentielle, est la première menacée. Selon les statistiques, le delta du Mékong perd chaque année environ 600.000 tonnes de produits halieutiques et près de 224.000 tonnes de produits agricoles.

"Outre les glissements de terrain, le delta du Mékong doit faire face à une salinisation très grave", a déclaré le docteur Duong Van Ni à l’Université de Cân Tho. L'eau salée a pénétré jusqu'à 10 kilomètres à l'intérieur de la rivière Tiên et à 9 kilomètres de la rivière Hâu. Des milliers d'hectares de riziculture ont ainsi été endommagés.

La salinisation qui se produit depuis le début de cette saison sèche est à ce jour la plus grave à avoir été observée. Près de 58.000 ha de rizières à Kiên Giang, et 32.000 ha de rizières à Cà Mau et Bac Liêu, ont été touchés en 2015. Pour la saison hiver-printemps 2015-2016, plus de 339.000 ha - soit 35,5 % des terres arables des provinces du littorale représentant 21,9 % des terres cultivables du delta du Mékong - sont menacés par ce phénomène.

Les experts participants ont demandé au gouvernement vietnamien d’élever la voix lors des forums organisés par la Commission internationale du Mékong afin d'ajuster la planification du système hydroélectrique, assurant ainsi les intérêts des pays régionaux.

Agence Vietnamienne d'Information - 7 Mars 2016