Dans la ville de Samut Prakarn, près de Bangkok, la police a arrêté un quinquagénaire thaïlandais, qui avait l’étrange manie de voler des petites culottes et des soutiens gorges mis à sécher sur des fils à linge. Il en avait une belle collection, 4 000 en tout ! Les policiers l’ont exhibé devant la presse, entourée de ses piles de lingerie féminine. L’anecdote peut faire sourire, mais elle est assez caractéristique d’une sorte de conservatisme social, de rigorisme, qui s’affirme de plus en plus sous la junte militaire qui a pris le pouvoir en 2014.

Plus de censure sur les films

D’autres incidents de ce genre ont eu lieu. Un haut fonctionnaire zélé a dépoussiéré une vieille loi thaïlandaise interdisant de mélanger des alcools pour faire des cocktails. Et ces derniers jours, ce bureaucrate a lancé des raids avec des policiers sur des échoppes ambulantes vendant des mojitos ou des Singapore Sling dans des parcs urbains. Dans le même ordre d’idées, il y a une campagne très active de la part de moines bouddhistes et de laïques pour faire du bouddhisme la religion d’Etat. Certains disent que c’est une très mauvaise idée, car cela renforcerait le caractère nationaliste du bouddhisme thaïlandais et mettrait mal à l’aise les Thaïlandais musulmans et chrétiens. La censure sur les films de cinéma se fait plus forte. Par exemple, le réalisateur d’un film récent montrant la conduite peu orthodoxe de certains moines bouddhistes a été forcé de couper un tiers du film pour que celui-ci soit autorisé à être projeté en salle.

Retrouver la Thaïlande d'antan

Des sociologues thaïlandais disent que cela reflète le désarroi d’une partie de la société thaïlandaise, une partie conservatrice, devant les changements économiques, sociaux, culturels et politiques qui bouleversent le pays. Ces gens sont angoissés devant l’avenir incertain et s’accrochent à ce qu’ils connaissent, comme à une bouée de sauvetage. Ils veulent en quelque sorte « geler » le pays, ou même, si possible, le faire revenir dans le passé.

Les militaires ont pris le pouvoir pour mettre en place un système politique similaire à celui qui existait dans les années 1980, avec un Premier ministre non élu. Les militaires et les bureaucrates sentent que l’évolution politique et sociale du pays risque de réduire leurs privilèges. Ils essaient donc de s’opposer au changement, notamment en diluant le pouvoir des politiciens élus. Le chef de la junte, le général Prayuth Chan-ocha, a même menacé d’isoler le pays du monde extérieur. Leur souhait est de revenir plusieurs décennies en arrière, pour retrouver une Thaïlande d’antan où leur pouvoir n’était pas remis en question. Et cette attitude politique fournit un contexte qui favorise la résurgence du conservatisme social.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 17 Mars 2016