Un test alors que les militaires détiennent plusieurs ministères clés, dont celui de l’Intérieur qui gère les prisons.

C’est sans doute la première décision politique d’Aung San Suu Kyi qui, à défaut de pouvoir devenir présidente de Birmanie a obtenu un ministère clé et le poste inédit de Conseillère d’Etat spéciale : accorder l’amnistie générale aux 535 derniers prisonniers et opposants politiques qui sont toujours incarcérés ou font face à la justice dans le pays.

Dans sa première directive officielle en tant que conseillère d’Etat spéciale, Aung San Suu Kyi explique de fait qu’elle « allait oeuvrer pour la libération immédiate des prisonniers politiques, des militants politiques et des étudiants poursuivis en justice pour des raisons politiques ».

Pour autant, aucune date n’a été avancée pour la mise en œuvre de cette amnistie présidentielle qui pourrait bien être un premier test pour le tout nouveau gouvernement. Au sein de ce dernier en effet, trois ministères sont tenus par l’armée, et notamment celui de l’Intérieur en charge de l’administration des prisons. Selon le Myanmar Times , bien qu’annoncée, l’amnistie pourrait de ce fait prendre du temps et ne sera sans doute pas effective avant la fin du mois d’avril, après les traditionnelles célébrations de Thingyan qui marque le nouvel an birman.

La moitié des opposants sont en prison

Parmi les 535 prisonniers qui devraient bénéficier de cette première et très symbolique mesure, 121 sont des condamnés qui purgent leur peine, 116 sont incarcérés et en cours de procès, tandis que 298 sont en liberté surveillée et actuellement toujours en attente du prononcé de leur jugement.

« La majeure partie d’entre eux sont des étudiants » qui avaient manifesté contre la réforme de l’éducation en mars 2015 et qui depuis sont incarcérés sans avoir été jugés, explique ce vendredi au Myanmar Times Bo Kyi, l’un des responsable de l’AAPP (Association d’assistance aux prisonniers politiques), qui tient à jour un décompte précis des prisonniers et de leur éventuelle libération.

L’arrivée d’un gouvernement semi-civil en 2011 dans le pays après l’auto-dissolution de la junte avait permis la libération de dizaines de prisonniers politiques.

Par Claude Fouquet - Les échos - 8 Avril 2016