La sécheresse et les records de température frappent de plein fouet les quelque 700 saliculteurs de Kampot et de Kep, les deux provinces dans lesquelles le sel du Cambodge est produit. Depuis le début de la saison, la récolte est pléthorique, les hangars sont pleins jusqu’à la gueule et faute d’entrepôts disponibles et de débouchés, le sel reste désormais sur place.

A ce jour, la production aurait déjà atteint 300 000 tonnes alors que les stocks de l’an dernier se montaient déjà à 260 000 tonnes. Or la consommation nationale flirte à peine avec les 100 000 tonnes par an.

Un marché étroit, en crise depuis plusieurs années en raison notamment de la forte concurrence des pays voisins. « En 2015, 60% du sel consommé au Cambodge était du sel thaïlandais », affirme Bun Barang, co-directeur de la communauté des producteurs de sel de Kep-Kampot.

L’an dernier déjà, la surproduction avait dramatiquement fait chuter les prix. Vendue 80$ en 2014, la tonne de sel ne valait plus que 50 $ en 2015. « La clientèle préfère le sel de Thaïlande parce qu’il est moins cher. Mais nous ne disposons pas de la technologie suffisante qui nous permettrait de baisser encore les prix », explique Bun Barang. Nous demandons au gouvernement de nous aider à soutenir la production locale ».

Dans un discours le 5 mars, le Premier ministre Hun Sen répliquait en invitant la population à consommer du sel cambodgien. « Dans cette période d’intégration de l’ASEAN, le Cambodge ne peut pas empêcher ni interdire l’importation de produits de l’étranger. Par conséquent, nous devons soutenir davantage nos produits locaux », soulignait-il.

Pour le ministère de l’industrie, l’ouverture du marché pourrait permettre aux producteurs de sel d’exporter leur produit. Un groupe de travail se penche d’ailleurs sur la question depuis quelques mois. Mais la faible qualité du sel cambodgien y est pointée du doigt et constituerait pour l’heure un obstacle majeur aux exportations « Maintenant, nous devons suivre les normes internationales et si les producteurs de sel ne le font pas ils seront punis », réplique Cham Prasidh, le ministre de l’industrie.

Mais en attendant que faire du sel qui s’est accumulé dans les entrepôts et qui recouvre les 4 500 hectares de salines de Kampot et de Kep ? Et que deviendront les 5000 personnes employées du secteur ?

Par Krystel Maurice - Cambodge Post - 22 Avril 2016