Il s'agit en effet d'un geste hautement symbolique qui marque le rapprochement très significatif entre les deux pays amorcé sous l'administration Bush, et accéléré sous l'administration Obama, en marge de la stratégie du pivot asiatique. D'une certaine manière, cette décision est à mettre au même niveau que le rétablissement de relations diplomatiques avec Cuba, ou l'accord avec l'Iran, et participe à la volonté de Barack Obama de redéfinir la relation avec les anciens rivaux et adversaires de Washington. Dans ces trois cas, ce sont les Etats-Unis qui ont pratiqué une politique de main tendue et, en ce sens, la levée de l'embargo des ventes d'armes vers le Vietnam est en effet le signe d'une normalisation très avancée et qui ferme une parenthèse de plus d'un demi-siècle.

Après avoir signé l’accord de libre-échange transpacifique, le Vietnam est-il en train d’abandonner ses réticences quant à un rapprochement avec Washington ou joue-t-il simplement des rivalités régionales ? C'est plus du côté américain qu'il y a eu un changement de perception depuis quelques années. Le Vietnam voit dans le rapprochement avec les Etats-Unis un moyen de se "protéger" de son voisin chinois, avec lequel les relations sont difficiles, et symbolisées par les différends maritimes réactivés depuis le début de la décennie. Il y a donc un opportunisme dans l'amélioration de la relation avec Washington mais qui ne s'est pas accompagné de modifications profondes du régime ou de son rapport à l'extérieur. Le Vietnam ne voit plus dans les Etats-Unis une menace à sa sécurité. En revanche, Hanoï s'inquiète de la montée en puissance chinoise, et dans le même temps cherche à s'affirmer comme l'une des principales puissances de l'Asean, tant économiquement que diplomatiquement. La fermeté des autorités vietnamiennes sur les différends maritimes est ainsi révélatrice d'une volonté de ne pas rester passif face aux revendications chinoises et, en ce sens, le soutien des Etats-Unis, même important, n'est qu'un instrument de plus au service de la stratégie régionale de Hanoï.

Le renforcement de la coopération militaire entre les Etats-Unis et le Vietnam fait-il partie d’une stratégie américaine de dilution de la puissance chinoise à travers de nouvelles alliances ? L’initiative intervient-elle en réaction à l’affirmation croissante de la Chine ? Oui, et ce n'est pas nouveau. La stratégie d’« endigagement », à savoir la combinaison d'un engagement et d'un endiguement, était déjà pratiquée il y a une décennie sous l'administration Bush. La stratégie du pivot, qui semblait au départ plus ambitieuse, n'en est que la continuité. Il s'agit plus d'une stratégie chinoise que d'une stratégie asiatique, et les pays de la région l'ont parfaitement compris, au point d'orienter dans la direction qui leur convient le nouvel engagement américain. Le Vietnam et les Philippines, les deux pays en crise diplomatique ouverte avec Pékin, ont ainsi tiré profit de cette volonté de Washington de reprendre place dans la région, associée à cette obsession chinoise. C'est donc sur le terrain militaire que cette stratégie du pivot s'est matérialisée, tandis que l'accord de libre-échange transpacifique, au départ ambitieux, aura au final un impact limité. Le constat est là : sur le terrain militaire, les Etats-Unis peuvent endiguer la montée en puissance chinoise. Mais au niveau des échanges économiques et commerciaux, la Chine s'est imposée en Asie du Sud-Est depuis des années, et les différends actuels n'y changent rien.

Institut de Relations Internationales et Stratégiques - 25 mai 2016


Vietnam: Obama annonce une levée de l’embargo sur les ventes d’armes

Le président américain Barack Obama, actuellement en visite officielle au Vietnam pendant trois jours, a annoncé ce lundi 23 mai à Hanoï la levée de l'embargo sur les ventes d'armes américaines, l'un des derniers vestiges de la guerre entre les deux pays qui s'est achevée en 1975. Une décision aussi symbolique que stratéique.

Après la levée de l’embargo économique américain en 1994, puis la normalisation des relations diplomatiques l'année suivante, cette décision a une très forte portée symbolique.

« La décision de lever l'interdiction n'est pas motivée par la question chinoise (...), mais par notre désir de compléter le long processus de normalisation que nous avons entrepris avec le Vietnam », a assuré le président américain.

Les deux hommes sont restés en revanche très vagues sur les droits de l'homme, censés être une des conditions de cet accord. Le président vietnamien a seulement évoqué rapidement la question, en assurant que le régime visait à « protéger et respecter les droits de l'homme », sans cependant évoquer les emprisonnements de dissidents. Mais il est prévu que le président américain rencontre demain quelques dissidents et représentants de la société civile.

La levée de l’embargo, un signal envers Pékin

Le président americain a beau s’en défendre, assurant que la décision de lever l’embargo sur les armes n’est pas motivée par la question chinoise mais par une volonté de normalisation des relations entre les deux pays, le « dossier chinois » est au coeur du rapprochement entre les deux anciens pays ennemis, explique notre correspondant à Hô-Chi-Minh-Ville, Frédéric Noir.

C'est un signal fort à l’adresse de Pékin qui ne cesse de renforcer sa présence militaire en mer de Chine méridionale, en particulier dans l’archipel des îles Spartleys, revendiquées par plusieurs pays de la region, et où la Chine a notamment construit des îles artificielles et des pistes d’atterissage pour asseoir sa domination sur une zone stratégique réputée riche en pétrole et en gaz. On se souvient qu'en 2014, la Chine a installé une plate-forme pétrolière dans les eaux maritimes revendiquées par Hanoï, provoquant des émeutes meurtrières anti-chinoises au Vietnam. Si Hanoï avait déjà amorcé un rapprochement avec les Etats-Unis, l’attitude intransigeante de Pekin a contribué à renforcer ces liens.

Une visite avec l'économie pour toile de fond

Autre motivation de cette visite : l’accord économique de libre-échange transpacifique (TPP). Barack Obama a souligné que les Etats-Unis comme le Vietnam avaient tout à gagner avec cet accord scellé entre 12 pays, dont les Etats-Unis et le Japon, mais pas la Chine.

La visite de Barack Obama intervient à un moment où l'image de l'Amérique est particulièrement bonne dans ce pays d'Asie du Sud-Est. Selon une étude réalisée l'an dernier par le Pew Research Centre, 78% des Vietnamiens ont une opinion favorable des Etats-Unis, et ce chiffre est encore plus élevé parmi les jeunes.

« L'héritage est encore à gérer »

« Les dossiers militaires sont aujourd’hui dans les mains des russes à plus de 80%. Il n’est pas question que le Vietnam s’oriente vers des négociations sur des gros projets d’armement avec les Etats-Unis. La décision est avant tout politique et est aujourd’hui plus symbolique que militaire », déclare au micro de RFI Benoît de Tréglodé, chercheur à l'IRSEM (Institut de recherche stratégique de l'école militaires).

« Pour les 40 ans pour la chute ou la libération de Saigon, le discours du président de la République était encore empreint de critiques vis-à -vis de la place des Etats-Unis dans les affaires régionales, dans l’histoire du Vietnam. L’héritage est encore à gérer », poursuit l’expert.

Radio France Internationale - 23 Mai 2016


Vietnam: Barack Obama annonce la levée de l'embargo sur les ventes d'armes

Le président américain Barack Obama a annoncé ce lundi à Hanoï la levée de l'embargo sur les ventes d'armes américaines au Vietnam, dans le cadre d'un voyage visant à "renforcer les liens" entre les deux pays.

L'un des derniers vestiges de la guerre s'efface. Le président américain Barack Obama, en voyage au Vietnam, a annoncé ce lundi de Hanoï la levée de l'embargo sur les ventes d'armes américaines au pays asiatique. L'annonce a été faite au premier jour sa visite au Vietnam, avec lequel les Etats-Unis ont effectué un rapprochement spectaculaire depuis vingt ans.

"La décision de lever l'interdiction n'est pas motivée par la question chinoise (...), mais par notre désir de compléter le long processus de normalisation que nous avons entrepris avec le Vietnam", a ajouté le président américain. Fin 2014, l'administration Obama avait déjà autorisé la vente d'équipements de défense "uniquement à des fins de sécurité maritime", comme par exemple des bateaux-patrouilleurs armés.

Des relations "pleinement normalisées"

"Nous apprécions grandement la décision de supprimer complètement l'interdiction de vente d'armes contre le Vietnam", a déclaré le président vietnamien Tran Dai Quang. "Cela montre que les relations entre nos deux pays sont pleinement normalisées", a-t-il ajouté. Cet embargo était un héritage de la guerre, qui s'est achevée en 1975. En 1994, les Etats-Unis avaient levé l'embargo économique et les deux pays avaient normalisés leurs relations diplomatiques l'année suivante.

"Chaque vente que nous faisons avec qui que ce soit est considérée comme une transaction particulière et nous examinons ce qui est approprié et ce qui ne l'est pas", a encore précisé Barack Obama.

Un message pour la Chine

Avec cette visite, le président américain entend "renforcer les liens" et envoyer un signal au puissant voisin chinois qui montre de plus en plus ses muscles en mer de Chine méridionale, où Hanoï et Pékin se disputent certains archipels. "Notre venue est le symbole du renforcement des liens que nous avons tissés au cours des dernières décennies", a déclaré ce lundi Barack Obama lors d'une rencontre avec le président vietnamien Tran Dai Quang.

Pays de 90 millions d'habitants au rythme de croissance soutenu, le Vietnam mise énormément sur l'accord de libre-échange transpacifique (TPP), scellé entre 12 pays, dont les Etats-Unis et le Japon mais pas la Chine, et dont Barack Obama espère la ratification avant son départ début 2017.

Dans la foisonnante capitale vietnamienne, cette première visite de Barack Obama - la troisième d'un président américain depuis la fin de la guerre en 1975 - suscitait de vives attentes. Dimanche, les deux pays ont également affirmé leur volonté commune de mettre en place l'accord mondial sur le climat conclu à Paris en décembre, et de tenir leurs objectifs respectifs "dans la transparence". En marge de cette visite, la compagnie aérienne vietnamienne Vietjet a aussi annoncé l'achat de 100 Boeing 737 MAX 200 pour un montant de 11,3 milliards de dollars.