Malgré un contexte culturel peu favorable au développement d’une "culture du partage", l'entrepreneur a commencé à amorcer une vraie révolution dans les mentalités des Vietnamiens.

Hanoi, ville la plus polluée d’Asie du Sud-Est

Hanoï est la ville la plus polluée d’Asie du Sud-Est. Elle rivalise régulièrement avec les niveaux de pollution de Pékin. Le cauchemar de cette ville ? Les deux-roues, omniprésents, qui envahissent tous les espaces, même ceux réservés aux piétons. Aujourd’hui, selon l’Agence Française de Développement, plus de 80 % de la population possède au moins un deux-roues.

À cause de la très faible offre de transports en commun, il n’y a pas vraiment de choix pour se déplacer. Une ligne de métro est prévue pour 2019, mais les travaux paraissent interminables. Et le réseau de bus est insuffisant pour les sept millions d’habitants.

Parallèlement, les voitures particulières se développent et menacent d’envahir les rues à mesure que le niveau de vie des Vietnamiens augmente. Une bonne raison de croire, comme Nam, que le covoiturage a de l’avenir au Vietnam aussi.

« Au Vietnam, il n’est pas courant de s’ouvrir à des inconnus »

Nam se souvient encore de sa ville il y a quinze ans, lorsqu’elle était une "merveilleuse cité pleine de vélos". C'est en raison de la saturation de l’air à Hanoï qu'il a décidé de créer Dichung.vn. Le site propose deux services : le partage de véhicules entre particuliers et le partage de taxis.

La différence avec le covoiturage à l’européenne ? Tous les types de véhicules peuvent faire l’objet de partage le temps d’un trajet, y compris les deux-roues. Le partage de véhicules entre particuliers est entièrement gratuit. Il est financé grâce au partage de taxis, seule activité rémunératrice de Dichung.

Dichung démarre en 2013 comme une adaptation des modèles de covoiturage européens tels que carpooling.co.uk ou BlaBlaCar . Mais vite, Nam se rend compte que le concept ne prend pas. À la suite d’une enquête, il constate que les gens sont réticents à l’idée de lier leur destin à celui d’un conducteur qu’ils ne connaissent pas. Ils n’ont pas confiance dans le service qu’il propose. Pour une raison culturelle, d'après lui : "Au Vietnam, il n’est pas courant de s’ouvrir à des inconnus".

En outre, posséder son propre véhicule est un signe d’ascension sociale, ce qui n’encourage pas à laisser sa voiture au garage. Un jeune Vietnamien, qui a vécu à Paris, nous confie : "Ici, tout le monde a son propre scooter, c’est bien plus pratique que de prendre le métro à Paris ! Tu te sens plus indépendant."

Je reste perplexe. Les habitants de Hanoï se sont habitués à ce nuage de fumée. Ils vivent avec aux dépens de leur santé.

Briser les barrières culturelles

Face à la résignation des habitants, Nam a décidé de développer le partage de taxis, afin d’instaurer durablement le partage de véhicules comme alternative. Ce service, qu’il propose en partenariat avec les plus grandes compagnies de taxis de la ville, rencontre un immense succès.

En popularisant cette pratique, Nam est convaincu que le concept du partage de véhicules fera naturellement son chemin. D’ailleurs, les utilisateurs de Dichung Taxi sont conquis. Ils le reconnaissent : partager, c’est une question d’habitude et de mentalité.

Par Louise Andrieu & Nils Van Effenterre (Capa City) - We Demain - 7 Juin 2016