Vêtus de blanc, ils se sont massés à l'intérieur du temple Dhammakaya, gigantesque temple en forme de soucoupe volante, dans la banlieue nord de Bangkok, en Thaïlande. Les milliers de partisans d'un puissant moine bouddhiste, Dhammachayo, 72 ans, accusé d'avoir détourné des millions d'euros de dons, se sont mobilisés depuis jeudi pour former un rempart humain et empêcher la police locale de l'arrêter.

«Si qui que ce soit a enfreint la loi, des actions légales doivent être prises contre lui», s'est justifié sur place Suriya Singhakamol, député-chef du Department of Special Investigation (DSI). La police, munie d'un mandat de perquisition, a cependant été empêchée d'accéder à certaines parties du temple et n'a pas pu interpeller le moine Dhammachayo, demeuré introuvable. Au cours d'une conférence de presse, le Suriya Singhakamol, du DSI, chargé de l'arrestation, n'a pas précisé quelle serait la suite des opérations, le mandat de perquisition expirant à 20h jeudi (14h heure française) mais a assuré que «la mission n'était pas terminée».

«Il est dans le temple et se repose, car il est très malade, souffrant de huit maladies», a assuré Sanitwong Wuttiwangso, moine en charge de la très efficace communication du mouvement Dhammakaya, chargé d'entretenir le temple. D'après le quotidien national de Thaïlande The Nation, Sanitwong Wuttiwangso a expliqué que «Phra Dhammachayo n'a pas fui le temple mais qu'il était trop malade pour sortir rencontrer les fonctionnaires de police». Il a aussi assuré que le temple avait déjà coopéré avec le DSI (Department of Special Investigation) et expliqué que les adeptes du moine, beaucoup de personnes âgées, l'aiment et se font du souci pour sa santé.

«Absence de libertés dans le processus judiciaire»

Il est notamment reproché au puissant Dhammachayo d'avoir détourné des millions d'euros de dons faits par ses fidèles bouddhistes. Ses partisans dénoncent cependant des poursuites politiques contre leur mouvement, Dhammakaya, que ses détracteurs disent soutenu par l'ex-premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé en 2006 et bête noire des conservateurs, nombreux au sein de l'armée au pouvoir et des instances judiciaires. La Thaïlande est effectivement dirigée depuis mai 2014 par des généraux de l'armée, très proches du roi et du parti des Chemises jaunes , qui pourraient vouloir affaiblir le mouvement populaire Dhammakaya.

«Le manque de démocratie conduit inévitablement à une absence de libertés dans le processus judiciaire», a dénoncé sous couvert d'anonymat une Thaïlandaise mobilisée contre l'opération.

Le mouvement Dhammakaya et le temple du même nom, fondé dans les années 1970, est l'une des institutions les plus riches du royaume. La question de l'arrestation imminente de son fondateur et figure de proue fait la Une des journaux depuis des semaines. Jeudi, les chaînes locales ont réalisé des «live» depuis le temple, avec des drônes survolant l'impressionnante assemblée de fidèles. En mars 2015, ses dirigeants ont accepté de rendre près de 20 millions d'euros qui avaient été versés par un chef d'entreprise accusé d'avoir détourné cet argent.

L'affaire a suscité un débat plus large en Thaïlande sur le penchant au mercantilisme des temples bouddhistes et l'absence de contrôle des autorités sur l'emploi des dons conséquents faits aux temples, sur la promesse que la qualité de la prochaine vie du donateur serait proportionnelle à l'importance de ses dons.

Par Amaury Peyrach - Le Figaro - 16 Juin 2016