Un nouveau rapport d'Amnesty International, rendu public ce mardi 12 juillet, dénonce les mauvais traitements subis par les prisonniers d'opinion au Vietnam. Intitulé «Des prisons à l'intérieur des prisons: la torture et les mauvais traitements des prisonniers d'opinion au Vietnam», ce document est le résultat de plus d'un an de recherches, 150 heures d'entretiens avec 18 anciens prisonniers d'opinion, ayant passé entre un mois et 10 ans derrière les barreaux. L'ONG estime que quelque 84 prisonniers politiques sont actuellement sous les verrous au Vietnam.

«La République socialiste du Vietnam» est soumise au régime du parti unique: le Parti Communiste Vietnamien (PCV). Fondé en 1930, le PCV n'autorise aucune forme de contestation, restreint toutes les libertés et punit sévèrement tous ceux et celles qu'il considère comme un danger potentiel. Le Vietnam est d'ailleurs l'un des pays d'Asie qui compte le plus grand nombre de prisonniers d'opinion. Malgré les conséquences dramatiques que peuvent avoir leurs actions, des défenseurs des droits de l'homme se battent pour lutter contre les pratiques du régime.

Dans une cellule obscure pendant 10 mois

Amnesty international détaille les cinq principaux mauvais traitements et tortures subis par les prisonniers: détention au secret et disparitions forcées, soumission à la douleur, isolement, privation de soins médicaux et transferts punitifs. Pour beaucoup d'entre eux le cauchemar a commencé dès leur arrestation, les autorités essayant de leur soutirer des aveux avant leur procès durant lequel ils n'ont le droit à aucune défense.

Dar (pseudonyme), est un des anciens prisonniers mentionné dans le rapport. Accusé d'avoir organisé des manifestations avec une minorité ethnique et religieuse, il a été arrêté en 2008. Pendant les cinq années qu'il a passé en prison Dar a été la victime de la violence du système pénitentiaire vietnamien. «Quand ils m'ont arrêté, ils m'ont jeté dans une cellule obscure pendant 10 mois (…) Ils me disaient que c'était pour les crimes que j'avais commis, mais mon seul tort, c'était d'avoir manifesté, d'avoir revendiqué la liberté, les droits à la terre et l'égalité en matière religieuse». Dar a été frappé à coups de bâton, torturé à l'électricité et frappé jusqu'à ce qu'il perde connaissance.

Nguyen Van Hai est également un ancien prisonnier d'opinion. Plus connu sous le nom de Dieu Cay, il a été arrêté en 2008, relâché en 2014 puis contraint à l'exil aux États-Unis, où il vit désormais. Sa profession de journaliste indépendant a fait de lui un ennemi du régime. Cette liberté d'expression lui a valu 6 ans de prison. Pendant sa détention il a été placé en isolement et n'avait plus aucun contact avec sa famille, qui ne savait même pas s'il était en vie. Le 5 mars 2011 pour ne pas perdre foi et continuer de militer, il commence une grève de la faim, qui forcera les autorités à le conduire d'urgence à l'hôpital.

Ces témoignages traduisent le fossé qui existe entre la rhétorique gouvernementale et la réalité. En 2015, le Vietnam a ratifié la convention contre la torture et autre peines ou traitements cruels, inhumains, ou dégradants. La ratification de la convention est un pas en avant, mais le Vietnam doit désormais modifier ses lois nationales pour empêcher que d'autres subissent le même traitement que Dar, Dieu Cay, et les 16 autres prisonniers d'opinion interviewés dans le rapport d'Amnesty.

François Hollande doit se rendre en septembre au Vietnam pour discuter officiellement du réchauffement climatique.

Par Angelica Djorkaeff & Camille Martineau - Le Figaro - 12 Juillet 2016


Vietnam : les prisonniers d’opinion torturés

Enfermés en raison de leurs convictions politiques, religieuses ou encore de leur appartenance ethnique, les prisonniers d'opinion sont maltraités voire torturés au Vietnam, dénonce Amnesty International dans un rapport international publié aujourd’hui.

Malgré la signature par le Vietnam en 7 novembre 2013, puis la ratification en février 2015 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, "un fossé immense sépare les promesses et la réalité des prisons du Vietnam", a souligné Cécile Coudriou, vice-présidente de l'ONG lors d'une conférence de presse. Détention au secret, disparition forcée, détention à l'isolement, sévices corporels, refus de soins médicaux et transferts "punitifs" sont quelques-uns des cas recensés par l'ONG, à partir d'une série d'entretiens menés auprès de 18 anciens prisonniers d'opinion, libérés ces cinq dernières années. Ces sept femmes et onze hommes témoignent de "brutalités" de la part de policiers, de membres du personnel pénitentiaire ou de codétenus, surnommés "antennes" et agissant "à la demande ou avec l'aval des surveillants". Parmi eux, "Dieu Cai", blogueur vietnamien libéré en 2014 et exilé aux Etats-Unis a expliqué mardi via Skype comment "un détenu qui arrive à tenir tête aux interrogatoires des geôliers renforce le mental des autres". Lui a été soumis aux "transferts punitifs", balloté à vingt reprises six ans "d'une prison à une autre", compliquant les contacts et les ravitaillements par ses proches.

Fruit de 150 heures d'entretiens, le rapport reprend dans son intitulé l'expression "des prisons à l'intérieur des prisons", revenue "à de nombreuses reprises dans les témoignages" recueillis "pour décrire un système d'isolement physique et psychique" destiné à "casser" les prisonniers d'opinion. La pression exercée sur les détenus est "particulièrement intense" avant le procès pour "extorquer des aveux aux suspects", note l'ONG, mais "les abus durent fréquemment pendant toute la période d'incarcération, jusqu'à la libération du détenu". Est cité par exemple le cas d'un homme "régulièrement passé à tabac, jusqu'à ce qu'il perde connaissance", et "soumis à des traitements dégradants", ses tortionnaires "l'obligeant par exemple à manger les restes de la pâtée d'un chien".

La ratification de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels est une "bonne nouvelle", salue l'ONG. John Coughlan, chercheur au Vietnam ayant mené les entretiens pour le rapport, pointe "une volonté de mener des discussions à ce sujet et de mettre en place la Convention" même si sa visite sur place a été "encadrée et sous contrôle du gouvernement". Amnesty International demande au gouvernement vietnamien "de mettre fin aux arrestations et aux poursuites d'hommes et de femmes uniquement en raison de leurs convictions et de leur militantisme pacifique", d'"en finir avec tous les actes de torture et autres mauvais traitements perpétrés dans les commissariats, les centres de détention et les prisons", d'"enquêter dans les meilleurs délais et de manière impartiale, indépendante et effective" sur les cas de torture et de mauvais traitements signalés, et de "modifier la législation nationale pour mettre celle-ci en conformité avec la Convention contre la torture et les normes internationales relatives au traitement des prisonniers".

Le Figaro avec Agence France Presse - 12 Juillet 2016


Amnesty International dénonce les conditions de détention au Vietnam

Le Vietnam serait l'un des pays les plus fermés d'Asie, notamment sur ce qui se passe dans ses prisons. Un rapport d'Amnesty International dénonce des conditions de détention inhumaines : disparitions forcées, tortures, privations de soins médicaux. Les principales victimes sont des prisonniers d'opinion, des militants, des blogueurs.

Le rapport d’Amnesty International se fonde sur 18 témoignages et un an d'enquête. « En 2016, il y a encore 84 prisonniers d’opinion au Vietnam. Des prisonniers qui n’ont rien fait d’autre que de militer pacifiquement, souligne Cécile Coudriou, vice-présidente d'Amnesty International. Quatre-vingt-quatre, c’est l’un des chiffres les plus importants dans un pays d’Asie. »

« Un pays, rappelle-t-elle, avec un régime très particulier, qui refuse toute contradiction, toute dissidence, avec un Parti communiste très, très puissant et qui peut décourager par tous les moyens les activités militantes. »

Cécile Coudriou dénonce l'hypocrisie du gouvernement vietnamien qui a ratifié il y a un an la Convention de l'ONU contre la torture, mais n'a visiblement pas changé ses pratiques. « Ce qui est nouveau, c’est que les contradictions entre déclarations publiques, des promesses, et la réalité des pratiques encore aujourd'hui en 2016, deviennent de plus en plus flagrantes, pointe la vice-présidente de l'ONG de défense des droits de l'homme. En février 2015, le Vietnam a ratifié la Convention de l’ONU contre la torture. Et dès lors qu’on ratifie, cela suppose qu’on va changer ses lois pour les mettre en conformité avec cette Convention contre la torture. Là, un peu plus d’un an plus tard, il est clair que ce n’est pas encore suffisant, donc on espère que d’autres pays vont pouvoir faire pression sur le Vietnam pour que les choses s’améliorent dans les mois qui viennent. »

Radio France Internationale - 12 Juillet 2016