"Nous voulons que l'industrie du tourisme sexuel disparaisse. Les touristes ne viennent pas en Thaïlande pour des choses pareilles. Ils viennent pour notre belle culture", a dit la ministre.

En Thaïlande, la prostitution est officiellement interdite. Cependant, selon un rapport du programme onusien destiné à coordonner la lutte contre la pandémie de VIH/sida ONUSIDA, en 2014 l'industrie en question employait quelque 123.500 personnes. Rien qu'à Pattaya, on compte des milliers de bars et de salons de massage qui sont de fait des maisons closes. Le pays tire de ces activités environ 10% de son PIB.

En plus, si le salaire journalier moyen est en Thaïlande de 8,59 dollars, dans l'industrie du sexe on peut gagner jusqu'à 85 dollars pour une seule rencontre avec un client.

Au premier trimestre 2016, la Thaïlande est devenue la destination que les Russes retenaient le plus souvent pour passer leurs vacances.

Sputnik France - 18 Juillet 2016


En finir avec le tourisme sexuel en Thaïlande, une volonté "pas réaliste"

Alors que la ministre thaïlandaise du Tourisme a annoncé en début de semaine vouloir éradiquer le tourisme sexuel, cette idée apparaît impossible à mettre en oeuvre à Alyson Brody, anthropologue et spécialiste du sujet.

La nouvelle ministre thaïlandaise du Tourisme l'affirmait mardi dans une interview: son pays veut être connu et reconnu pour autre chose que le sexe facile. Il entend même se débarrasser de cette véritable industrie pour renouveler son image et viser une clientèle plus haut de gamme.

Alors que le secteur occupe une place importante dans l'économie du pays, est-il vraiment imaginable de bannir le sexe tarifé? Ce n'est pas l'avis de l'anthropologue Alyson Brody, qui a beaucoup écrit sur cette thématique.

"Je ne crois pas que ce soit très réaliste. Cette industrie existe depuis des centaines d'années. La prostitution fait partie de la culture thaï. Avec la guerre du Vietnam, cela s'est transformé en l'industrie que l'on connaît aujourd'hui. Il ne sera donc pas facile de s'en débarrasser", affirme jeudi la chercheuse britannique dans l'émission Tout un monde. Nécessité de maintenir un contrôle

Car si la prostitution est officiellement déjà interdite dans le pays, la loi se contourne facilement. La corruption y est pour beaucoup. "A tous les niveaux, il y a des individus qui permettent au secteur de fonctionner", explique Alyson Brody. Un état de fait qui rend dès lors compliqué l'élimination de l'industrie du sexe.

D'autant que l'anthropologue voit un autre élément pervers à cette volonté: "Bannir un tel secteur ne veut pas dire qu'il n'existe plus. Un réseau existe depuis des années. Il y a donc le risque que cela échappe à toute surveillance."

Radio Télévision Suisse Romande - 21 Juillet 2016