Fin avril, les militaires au pouvoir dans le pays avaient fait adopter une loi punissant de dix ans de prison toute personne s'opposant au projet de nouvelle Constitution, qui fera l'objet d'un référendum le 7 août.

Plusieurs personnes ont déjà été arrêtées ou rappelées à l'ordre pour avoir distribué des tracts critiquant le projet, ou pour avoir porté des t-shirts avec l'inscription "Votez non".

"Entrave au processus électoral"

Les deux fillettes ont expliqué avoir arraché des listes électorales près d'une école du nord de la Thaïlande, parce qu'elles aimaient la couleur rose du papier, et auraient donc enfreint la loi sans le savoir.

Elles ont été accusées d'"entraver le processus électoral, en détruisant des documents officiels", a indiqué Damrong Phetpong, un commandant de police de la province de Kamphaeng Phet.

Les petites filles n'iront pas en prison, la loi thaïlandaise interdisant les sanctions pénales pour les enfants de moins de 10 ans, mais la police se sent obligée d'engager des poursuites contre elles, a ajouté le commandant.

"La police a le devoir de rassembler les témoins et les preuves, pour renvoyer l'affaire devant un juge", qui décidera de la poursuite ou non de l'affaire, a-t-il déclaré.

Tensions politiques

A quelques jours du référendum, la junte apparaît de plus en plus nerveuse : la police a d'abord pensé que des militants anti-junte étaient derrière cette affaire, avant que l'enquête ne les oriente vers les deux enfants.

La junte a ouvert ce mois-ci des centres de télésurveillance à travers le pays et est en alerte maximale pour empêcher les soutiens du gouvernement évincé de mener des actions contre la nouvelle Constitution.

La junte se sert du projet de nouvelle Constitution comme d'un moyen de sortir de la crise politique qui gangrène le pays depuis une dizaine d'années, alors que des défenseurs des droits de l'homme ont fustigé cette nouvelle loi fondamentale, qui selon eux va intensifier l'emprise militaire sur le gouvernement et diminuer le pouvoir des élus.

La nouvelle Constitution propose notamment un Premier ministre non élu, un Sénat entièrement nommé et un renforcement du pouvoir des tribunaux, bastion des élites traditionnelles.

Le Nouvel Observateur - 24 juillet 2016