Les 19 opposants risquent jusqu'à un an de prison pour "rassemblement de plus de cinq personnes", dans un pays où toute manifestation politique est prohibée depuis plus de deux ans que les militaires sont aux manettes.

Leur est reproché de s'être réunis pour annoncer la mise en place de groupes d'observateurs du référendum de dimanche en Thaïlande.

"Ce lancement n'était pas un rassemblement politique. Cela relève de la liberté d'expression", a réagi Jatuporn Prompan, meneur des Chemises rouges, le principal mouvement d'opposition, devant la presse venue assister à sa présentation devant la "division de suppression du crime" de la police.

Fin avril, les militaires avaient fait adopter une loi punissant de dix ans de prison toute personne s'opposant au projet de nouvelle Constitution. Depuis, il est interdit de débattre du texte.

Le mois dernier, deux petites Thaïlandaises de huit ans ont même été poursuivies pour avoir enfreint cette loi draconienne, en ayant déchiré des listes électorales en vue du référendum.

La junte affirme que cette nouvelle Constitution permettra de sortir de la crise politique qui gangrène le pays depuis une dizaine d'années.

Mais les défenseurs des droits de l'Homme, l'opposition soutenant les ex-Premiers ministres Thaksin et Yingluck Shinawatra, bêtes noires de la junte, estiment que cette nouvelle loi fondamentale va intensifier le contrôle militaire sur le gouvernement et diminuer le pouvoir des élus.

Le texte propose notamment un Premier ministre non élu, un Sénat entièrement nommé et un renforcement du pouvoir des tribunaux, bastion des élites traditionnelles.

Agence France Presse - 2 Août 2016


Thaïlande: l'opposition sous pression à l'approche du référendum constitutionnel

En Thaïlande, 19 militants politiques ont été convoqués par la police et risquent un an de prison à quelques jours d'un référendum sur un projet de Constitution écrit sous la direction de la junte au pouvoir. Cette convocation est l'un des derniers signes de l'atmosphère extrêmement tendue dans laquelle s'est déroulée la préparation du référendum qui doit se tenir dimanche 7 août. Toute critique à l'encontre du projet de Constitution est interdite.

Les leaders des Chemises rouges - le mouvement d'opposition à la junte - ont l'habitude de défier les militaires au pouvoir. Et ils passent plus de temps dans les commissariats de police que dans les locaux de leur mouvement. Ce mardi n'a pas fait exception.

Lorsque 19 d'entre eux ont annoncé l'ouverture d'un centre pour vérifier qu'il n'y a pas de fraude lors du référendum de dimanche, ils ont été rapidement envoyés au commissariat voisin pour violation de l'interdiction de rassemblement de plus de cinq personnes.

La préparation du référendum s'est déroulée dans une atmosphère étouffante. Critiquer publiquement le projet de Constitution est punissable de dix ans de prison. Deux fillettes de huit ans ont comparu devant la police pour avoir déchiré des registres électoraux. Des étudiants qui ont souligné les traits autocratiques du texte constitutionnel ont été détenus pendant douze jours.

Le projet de Constitution permet à un fonctionnaire - et donc à un officier militaire - de devenir Premier ministre. Il instaure aussi un Sénat entièrement nommé par la junte. Autant de dispositions qui inquiètent les milieux pro-démocratiques. Le résultat de la consultation est incertain, mais l'atmosphère dans laquelle elle s'est préparée en affecte d'ores et déjà la crédibilité.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 3 Août 2016