Si bien que de plus en plus d'investisseurs internationaux en quête de marchés en croissance regardent ailleurs. À défaut de pouvoir compter sur le dragon chinois, on mise des milliards sur les petits tigres de l'Asie du Sud-Est qui offrent un meilleur potentiel.

Dix fois plus d'investissements

Le dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) confirme l'intérêt grandissant des investisseurs pour « l'Asie en développement ».

À preuve : la tendance récente des investissements directs étrangers (IDE), qui mesurent les mouvements internationaux de capitaux par des investisseurs et des entreprises qui veulent créer une filiale à l'étranger ou acquérir une firme étrangère.

Les IDE vers l'ensemble des pays émergents ont atteint un sommet en 2015, à 765 milliards US. Dans ce groupe, tous ne sont pas égaux cependant.

C'est l'Asie en développement qui prend la part du lion, avec 10 fois plus d'investissements en un an - à 541 milliards US - vers des pays ayant le vent en poupe comme le Viêtnam, la Birmanie et l'Inde, note la CNUCED.

Le Viêtnam est hot

Or, de nouveaux indices confirment que le Viêtnam est particulièrement prisé ces temps-ci.

Selon les derniers chiffres du gouvernement, le Viêtnam a attiré 11,3 milliards US d'IDE au premier semestre 2016, soit une hausse spectaculaire de 105 % en un an.

La plupart des investissements ont été dirigés vers des projets bien concrets, surtout dans le secteur manufacturier et l'immobilier, précise le ministère de la Planification et de l'Investissement.

À ce rythme, le Viêtnam surpassera sûrement cette année son record de 14,5 milliards US établi en 2015.

À cette enseigne, le longiligne petit pays de 90 millions d'habitants éclipse aussi ses concurrents directs, rajoute une autre enquête.

D'après la firme de statistiques économiques FDI Intelligence, une division du Financial Times, le Viêtnam termine pour la deuxième fois d'affilée au tout premier rang d'un palmarès de 14 pays en forte croissance dans la catégorie des investissements directs étrangers.

Sur la base d'un indice regroupant divers paramètres, le Viêtnam devance facilement, avec 6,45 points, la Hongrie (4,32) et la Roumanie (3,48), mais aussi ses rivaux régionaux comme la Malaisie (2,86) et la Thaïlande (2,43).

En demande: le secteur de la santé

Autre indice de l'attractivité du Viêtnam : son secteur de la santé monte en flèche en Bourse depuis l'assouplissement des limites gouvernementales sur l'investissement étranger.

À titre d'exemple, le groupe Domesco Medical Import-Export JSC a bondi de 151 % depuis le début de 2016, rapporte l'agence Bloomberg. Si bien que le secteur pharmaceutique de l'indice de référence VN, de la Bourse de Hô Chi Minh-Ville, affiche un gain de 46 % depuis le début de l'année.

L'industrie pharmaceutique est un bon indicateur du potentiel vietnamien, ce marché étant appelé à croître de 75 % (à 7,2 milliards US) d'ici 2020, avance la firme BMI Research, de Londres.

« Le marché du travail au Viêtnam offre plusieurs avantages sur la concurrence ... avec des diplômés bien formés convenant aux firmes actives dans plusieurs secteurs », résume BMI dans un rapport publié en juillet.

L'Asie-Pacifique prend le relais

Alors que l'économie chinoise ralentit, la zone Asie-Pacifique devrait maintenir une solide croissance d'ici deux ans, affirme l'assureur de crédit-export Euler Hermes.

Si les prévisions pour la région ont diminué - à 4,5 % en 2016 contre 4,7 % en 2015 -, elles s'annoncent plus favorables pour 2017 (+ 4,6 %), précise Euler Hermes dans une nouvelle étude.

Dans une lettre financière, le directeur de la gestion de fortune, Asie-Pacifique, de la Banque HSBC brosse aussi un portrait prometteur compte tenu de l'enrichissement des 620 millions de consommateurs de la région.

Kevin Martin souligne ainsi que le PIB par habitant de l'Asie-Pacifique, d'à peine plus de 2300 $US en 2007, a bondi de 78 % depuis à plus de 4100 $US (estimation 2016). Ce résultat est certes très bas par rapport aux États-Unis (55 000 $US) ou l'Allemagne (48 000 $US). Mais la région se compare avantageusement à l'Inde (1580 $US) et se rapproche de la Chine (7590 $US).

La société de consultants Accenture, de Dublin, en Irlande, est aussi très optimiste. À son avis, la consommation en Asie-Pacifique atteindra 2300 milliards US d'ici 2020, soit un bond de 80 % en huit ans.

Par Richard Dupaul - La Presse (.ca) - 15 août 2016