Un premier voyage officiel, un mois avant celui programmé aux Etats-Unis

Aung San Suu Kyi a débuté ce mercredi une visite officielle en Chine qui se terminera le 21 août prochain. Une première visite dans un pays qui n'appartient pas à l'ASEAN fort symboliquement programmée un mois avant celle prévue aux Etats-Unis.

Ce voyage en Chine sera l'occasion pour celle qui dirige de facto la Birmanie, même si elle n'a pas le titre de président et n'est officiellement que conseillère d'Etat et ministre des Affaires étrangères du Myanmar, d'asseoir un peu plus sa stature internationale mais aussi de tenter d'aplanir les sujets de contentieux avec Pékin, un partenaire commercial historique incontournable.

C'est sans doute le projet hydroélectrique de Myitsone, dans le nord du pays, qui sera le principal point de discussion. Ce chantier, de 3,6 milliards de dollars, dont l'électricité était destinée à la Chine et qui est financé par les deux pays n'a jamais réellement eu les faveurs de la Birmanie, au grand dam de Pékin.

Suspendu en 2011 par la junte militaire au pouvoir il a également été remis en cause au printemps dernier par le parti d'Aung San Suu Kyi ne semblait pas très enthousiaste. Pour autant, l'annonce ces derniers jours de la création d'une nouvelle commission birmane pour examiner ce projet est considéré comme un signe positif par Pékin.

Plus de 250 produits exonérés de licence d'importation

Au cours de cette visite, responsables birmans et chinois aborderont sans doute aussi la question des mines de jade. Alors que traditionnellement la Chine est friande du jade de ce pays, le gouvernement birman tente de mieux contrôler ses ressources naturelles et de lutter contre la contrebande, principalement chinoise.

Aung San Suu Kyi va sans doute également tenter de convaincre ses interlocuteurs que l'économie de son pays s'ouvre en dépit du conflit permanent entre les deux pays à propos des mines de jade. De fait, un arrêté publié en début de semaine accentue la libéralisation du commerce en autorisant à l'importation quelque 267 nouveaux produits sans qu'il soit nécessaire d'obtenir de licence d'importation.

Une liste de produits qui va des articles en coton en passant par ceux en acier et les pièces détachées pour automobiles et même celles de chemin de fer mais qui exclut toujours l'alcool.

Ces produits pourront donc être librement importés à partir de septembre prochain et la liste publiée cette semaine pourrait rapidement grossir puisque le ministère du commerce de Birmanie a en fait proposé la libéralisation des conditions d'importations pour quelque 500 produits.

Par Claude Fouquet - Les Echos - 17 Août 2016


Délicate visite en Chine pour la ministre birmane Aung San Suu Kyi

Aung San Suu Kyi, l'ex-opposante birmane désormais ministre des Affaires étrangères de son pays, est jeudi en Chine pour sa première visite dans ses nouvelles fonctions. Au programme notamment: un controversé barrage financé par Pékin en Birmanie.

La Birmanie perçoit la Chine, son premier partenaire commercial, comme sa principale préoccupation de politique étrangère.

La relance du projet de barrage de Myitsone (nord de la Birmanie), un chantier de 3,6 milliards de dollars et dont l'électricité sera destinée à la Chine, est une priorité pour Pékin.

Aung San Suu Kyi espère quant à elle obtenir le soutien du gouvernement chinois pour des négociations de paix avec des groupes armés opérant en Birmanie.

Soutien de la junte

Pékin a été l'un des principaux soutiens de l'ancienne junte birmane, qui a maintenu l'ex-opposante en détention surveillée pendant plus de 15 ans.

A l'époque, le méga-projet de Myitsone était perçu comme emblématique de la domination économique de la Chine sur le pays.

Mais suite à des manifestations populaires d'opposition à ce barrage en Birmanie, puis à l'autodissolution de la junte en 2011, le régime semi-civil qui lui a succédé a gelé la même année ce projet, provoquant la colère de Pékin.

"La Chine va sûrement discuter de (Myitsone) car c'est leur principal intérêt", a déclaré à l'AFP Kyaw Zeya, directeur général au ministère birman des Affaires étrangères.

Avec 15,4 milliards de dollars, la Chine reste cependant de loin le premier investisseur en Birmanie.

Aung San Suu Kyi a débuté sa visite mercredi soir et devrait rencontrer jeudi le Premier ministre chinois Li Keqiang, puis vendredi le président Xi Jinping.

Le choix par Aung San Suu Kyi de la Chine pour sa première visite à l'étranger en tant que ministre semble indiquer qu'elle considère la relation bilatérale comme une priorité, après les élections birmanes historiques de novembre ayant mis fin à la domination de l'armée.

Rapprochement avec les États-Unis

Si la Birmanie s'est également rapprochée des États-Unis durant sa transition démocratique, elle a besoin de l'aide de Pékin pour des négociations de paix avec des groupes armés.

L'armée birmane combat depuis début 2015 une organisation rebelle dans la région de Kokang (nord-est). Ce conflit en zone frontalière a provoqué la fuite de dizaines de milliers d'habitants en Chine, où s'abattent parfois des obus, des incidents qui ont tendu les relations avec Pékin.

"Nous sommes prêt à discuter (de la paix) s'ils désirent en parler", a souligné Kyaw Zeya.

Radio Télévision Belge Francophone avec Agence France Presse - 18 Août 2016