La visite de cinq jours de Mme Suu Kyi, désormais ministre des Affaires étrangères de son pays et de facto chef du nouveau gouvernement birman, constitue son premier véritable déplacement officiel à l’étranger depuis la victoire de son parti aux élections libres historiques de novembre 2015.

Or, la relance du projet de barrage de Myitsone (nord de la Birmanie), un projet de 3,6 milliards de dollars dont l’électricité sera destinée à la Chine mais dont le chantier est gelé depuis cinq ans, est une priorité du gouvernement chinois.

Mme Suu Kyi, qui doit s’entretenir vendredi avec le président chinois Xi Jinping, a déjà accepté de «mettre en place une commission d’enquête pour résoudre de façon adéquate» la question du barrage, selon le vice-ministre chinois des Affaires étrangères Liu Zhenmin.

Une «véritable avancée» n’est guère probable durant la visite de la dirigeante birmane, mais «ce n’est plus qu’une question de temps avant que le chantier ne reprenne», se réjouissait vendredi le quotidien Global Times, au ton nationaliste et lié au Parti communiste.

Avant de rejeter l’idée selon laquelle Pékin exploiterait les ressources birmanes: «cette idée malavisée résulte de soubresauts de l’opinion aux tout débuts de la démocratisation (birmane) et de manipulations de la part des médias occidentaux», affirme le journal.

A la suite de manifestations populaires d’opposition à ce barrage en Birmanie et de l’autodissolution de la junte en 2011, le régime semi-civil qui lui a succédé avait gelé la même année ce projet, provoquant la colère de Pékin. A l’époque, le barrage était devenue le symbole de la domination économique chinoise sur la Birmanie.

Après l’arrivée au pouvoir du parti d’Aung San Suu Kyi, «il n’y a plus de raison que le barrage de Myitsone soit réexaminé avec une perspective politique», a encore estimé le Global Times.

Le China Daily, un autre quotidien officiel, saluait quant à lui en Mme Suu Kyi une dirigeante «politiquement réaliste» et pragmatique, ayant compris l’importance de «rassurer la Chine», premier partenaire commercial de son pays.

Si la Birmanie s’est rapprochée des Etats-Unis durant sa transition démocratique après 2011, elle a également besoin de l’aide de Pékin pour des négociations de paix avec des groupes armés rebelles que l’armée birmane combat depuis début 2015 dans une zone frontalière entre les deux pays.

Agence France Presse - 19 août 2016