Quinze suspects, accusés depuis plusieurs jours par les militaires d'être impliqués dans les attentats, ont été blanchis de ces accusations par la police. Celle-ci explique qu'il s'agit simplement d'un réseau d'opposants à la junte.

Ils sont 15 sexagénaires, hommes et femmes de province, à être montrés à la presse au quartier général de la police. Mais quand les chefs d'inculpation sont annoncés, c'est la surprise. Ces personnes sont accusées d'avoir constitué une société secrète à tendance communiste visant à renverser le régime militaire thaïlandais.

Ces accusations contredisent totalement, une fois de plus, ce qu'avait pu dire la junte jusqu'à présent : les militaires affirmaient jusqu'alors que ces personnes étaient impliquées dans les attentats à la bombe qui ont tué quatre personnes la semaine dernière dans le sud touristique de la Thaïlande.

Et pendant ce temps, mandat d'arrêt émis pour un insurgé de l'extrême sud

Après la conférence de presse de la police, la junte a fait marche arrière. Elle a repris les accusations de complot formulées par les forces de l'ordre. Selon l'avocat des accusés, ces quinze individus ont été arrêtés au lendemain des attentats.

Les militaires ont fait tout ce qu'ils ont pu pour leur mettre sur le dos ces attentats. Mais comme il n'y avait pas l'ombre d'une preuve, la police n'avait rien pour étayer ces allégations. Un mandat d'arrêt a bien été délivré pour un suspect dans le cadre des attaques : un insurgé musulman du sud de la Thaïlande. Mais l'intéressé court toujours.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 20 Août 2016


Explosions en Thaïlande: La police désavoue l'armée et disculpe 15 suspects

Imbroglio dans l’enquête sur les récents attentats meurtriers dans des stations balnéaires thaïlandaises. La police a contredit vendredi l’armée, qui avait annoncé la veille avoir arrêté 15 suspects. « Aucune preuve les liant aux attentats »

« Ces gens ont créé un mouvement illégal avec des visées politiques… mais il n’y a aucune preuve les liant aux attentats », a déclaré devant la presse Chayaphol Chatchaidej, haut responsable de la police. Le fait que la police balaye les affirmations de l’armée brouille un peu plus les cartes et souligne les tensions entre police et militaires au pouvoir.

Depuis le coup d’Etat militaire de 2014, les militaires se sont arrogé de nombreuses prérogatives, comme le droit de détenir secrètement des suspects pendant sept jours. Mais au bout de ce délai, les militaires doivent présenter leurs suspects à la police, laquelle prend le relais.

Les attaques non revendiquées

C’est ce qui s’est passé vendredi matin, les 15 suspects ayant été dépêchés dans les locaux de la police, selon des journalistes de l’AFP sur place. Or, au grand dam des militaires, les suspects arrêtés par l’armée risquent d’être seulement mis en examen pour appartenance à « une société secrète illégale » du nom de « Front révolutionnaire du parti de la démocratie » et non-respect de l’interdiction d’organiser des réunions politiques, en vigueur depuis le coup d’Etat, a annoncé la police.

Les 11 et 12 août, onze bombes ont explosé à travers le sud de la Thaïlande, notamment dans deux stations balnéaires très touristiques, faisant quatre morts. Parmi les blessés, dix étaient des touristes étrangers. Une semaine après les attentats, aucun détail n’a filtré sur l’enquête et aucune revendication n’a été faite. Pas de piste privilégiée

La police se refuse à privilégier la moindre piste. La junte militaire s’est quant à elle empressée de pointer du doigt la piste d’un « sabotage local », à connotation politique.

Les experts évoquent une possible vengeance de l’opposition politique (dans un climat de forte répression des libertés depuis le coup d’Etat) ou une attaque sans précédent des séparatistes musulmans de l’extrême sud du pays (une hypothèse que la junte rejette). L’opposition politique, incarnée par le mouvement des Chemises rouges soutenant l’ex-Première ministre Yingluck Shinawatra, a rejeté toute responsabilité dans ces attaques

20 Minutes avec Agence Frane Presse - 19 Août 2016