Aung San Suu Kyi a demandé une aide pour la résolution des conflits ethniques en Birmanie, où une vingtaine de groupes rebelles combattent l’armée gouvernementale. La lauréate du prix Nobel de la paix estime que Pékin a un rôle important à jouer dans ce dossier.

Elle est en mission préparatoire. Aung San Suu Kyi a besoin de soutien. Beaucoup de groupes ethniques rebelles de Birmanie combattent l’armée aux frontières du pays, en particulier au nord, le long de la frontière chinoise. Certains chefs rebelles se réfugient d’ailleurs parfois en territoire chinois. Depuis le début du mois, des affrontements entre insurgés kachins et soldats gouvernementaux ont obligé près de 1500 personnes à fuir leurs villages, non loin de la Chine. Aung San Suu Kyi sait donc que la solution aux conflits dans son pays passe en partie par Pékin.

L’aide qu’elle est venue chercher chez son puissant voisin cette semaine est d’autant plus importante qu’Aung San Suu Kyi relance ce mois-ci le processus de paix. Elle a convoqué une grande conférence sur la paix, dans dix jours. Conférence qui doit rassembler tous les groupes rebelles de Birmanie, l’armée ainsi que son gouvernement.

De son côté, le président chinois a promis de jouer un rôle constructif dans ce processus. L’ambassadeur de Chine en Birmanie s’était déjà engagé à soutenir financièrement et matériellement les efforts de paix en Birmanie.

Par Rémy Favre - Radio France Internationale - 19 Aout 2016


La Birmanie ne peut pas se passer de la Chine

La première visite officielle de cinq jours, commencée jeudi 18 août, d’Aung San Suu Kyi en Chine illustre les liens entre les deux pays.

Cinq jours de visite officielle en Chine pour son premier déplacement à l’étranger : Aung San Suu Kyi, l’ex-opposante birmane désormais ministre des affaires étrangères de son pays et de facto chef du nouveau gouvernement birman, a rencontré jeudi 18 août à Pékin le premier ministre chinois et devait rencontrer le lendemain le président Xi Jinping. Les relations très étroites entre la Birmanie et la République populaire chinoise au temps de la dictature militaire semblent donc devoir se prolonger.

Des liens étroits

Si la Chine a pu craindre une prise de distance à son égard de la part du nouveau gouvernement birman dirigé par le prix Nobel de la paix, au lendemain de la victoire de son parti aux élections libres historiques de novembre 2015, des dossiers brûlants poussent au maintien des liens déjà très forts entre les deux pays.

Aung San Suu Kyi devait discuter avec les deux plus hauts responsables chinois d’un projet de barrage controversé et d’un conflit armé à proximité de la frontière commune, deux sujets sensibles dans les relations entre les deux pays.

Cette visite démontre que « le gouvernement birman et vous-même prêtez une grande attention aux liens entre la Chine et la Birmanie », lui a déclaré le premier ministre chinois Li Keqiang au Grand palais du peuple à Pékin. « La Chine approuve cela », a-t-il souligné. La relance du controversé projet de barrage de Myitsone (nord de la Birmanie), un chantier soutenu par Pékin et dont l’électricité sera destinée à la Chine, est une priorité du gouvernement chinois.

Contentieux sur un barrage à la frontière avec la Chine

À la suite de manifestations populaires d’opposition à ce barrage en Birmanie et de l’auto-dissolution de la junte en 2011, le régime semi-civil qui lui a succédé avait gelé la même année les travaux, provoquant la colère de Pékin.

À l’époque, le méga-projet de Myitsone était perçu comme emblématique de la domination économique de la Chine sur le pays. De nombreuses associations birmanes et internationales avaient dénoncé ce chantier en insistant sur l’exploitation abusive des ressources naturelles birmanes par la Chine.

Aucune avancée n’a été enregistrée officiellement sur la question du barrage mais Aung San Suu Kyi a déjà accepté de « mettre en place une commission d’enquête pour résoudre de façon adéquate » le problème. Une avancée importante pour la presse chinoise qui espère que « ce n’est plus qu’une question de temps avant que le chantier ne reprenne ».

Rapprochement avec les États-Unis

Si la Birmanie s’est rapprochée des États-Unis durant sa transition démocratique après 2011 afin de rééquilibrer ses alliances diplomatiques et surtout économiques, elle a également besoin de l’aide de Pékin pour des négociations de paix avec des groupes armés.

L’armée birmane combat depuis début 2015 une organisation rebelle dans la région de Kokang (nord-est). Ce conflit en zone frontalière a provoqué la fuite de dizaines de milliers d’habitants en Chine, où s’abattent parfois des obus, des incidents qui ont tendu les relations avec Pékin. La Birmanie et la Chine partagent une géographie commune que la lauréate du Nobel de la paix ne peut ignorer.

Par Dorian Malovic - La Croix - 19 Août 2016