245 Vietnamiens et 18 Australiens y sont morts. 50 ans plus tard, les vétérans australiens veulent commémorer cette bataille. Un sujet délicat pour les autorités vietnamiennes.

Le 17 août 2016, soit un jour avant les commémorations du 50e anniversaire de Long Tan (plage située au sud-est du Vietnam), Hanoï a fait savoir qu'il annulait les cérémonies organisées par les Australiens sur son sol. Une décision très mal reçue à Canberra. Un millier de vétérans australiens se sont rendus au Vietnam pour y assister.

Le Premier ministre australien, Malcolm Turnbull, a appelé Hanoï à changer de décision. «Nous comprenons que c'est au gouvernement vietnamien de choisir quelles commémorations ont lieu dans le pays. Mais cette décision, et particulièrement son timing, montre un manque de respect pour ces Australiens qui sont allés de bonne foi au Vietnam pour participer à ces événements.»

Ancien Premier ministre australien : «C'est le 50e anniversaire de la bataille de Long Tan. Nous ne devons jamais oublier le prix de la guerre #peurdoublier»

Finalement, les autorités vietnamiennes ont cédé, d'autant que la plupart de ces anciens combattants avaient déjà acheté leurs billets pour accéder au site. Décision non transmise à l’échelon local ? Autorisation de façade ? Le 18 août 2016, jour des commémorations, seuls quelques groupes ont pu se rendre sur la croix située sur la plage de Long Tan et n’ont eu l’autorisation d’y rester que seulement … une minute.

Interdit de porter médailles, uniformes et bannières

Dire que le sujet de la bataille de Long Tan est délicat au Vietnam est un euphémisme, car cette bataille représente une défaite militaire pour le pays.

Le commandant de la «D Company», Harry Smith, qui était mobilisé sur cette plage il y a tout juste un demi-siècle, dit avoir entendu les préoccupations de Hanoï : «Il y a plusieurs semaines, lorsque j’étais à Canberra, les autorités vietnamiennes ont exprimé leurs inquiétudes sur le nombre de vétérans qui pourraient se déplacer. Le chiffre de 3000 a été évoqué. C’était trop important, incontrôlable pour eux.»

«Difficile d'atteindre la croix de Long Tan aujourd'hui. Pas de photo ou de mémorial, mais beaucoup de sentiments.»

Les autorités de cette ancienne colonie française interdisent d’ailleurs aux visiteurs du mémorial de porter des médailles, des uniformes, des bannières et de chanter.

Car cette guerre, qui a duré de 1954 à 1975, a été particulièrement sanglante. Plus de 58.000 soldats américains sont morts, soit presque autant que le contingent total australien qui a servi au Vietnam : 60.000 personnes. Ces derniers ont perdu 521 hommes. Les Néo-Zélandais ont également participé à ce conflit. Sur les 3000 ressortissants de ce pays et qui ont combattu, 37 sont décédés.

Du côté du régime communiste, les pertes ont été encore plus meurtrières. Plus de 1,1 millions de leurs soldats (et de ceux de leurs alliés) y ont péri. La commémoration d’une bataille, d’une défaite militaire de leur point de vue, est donc particulièrement sensible, au regard du nombre de morts qu’ils ont compté dans leurs rangs.

Récits hérorïques

Au Vietnam, peu connaissent l’histoire de la bataille de Long Tan. L’enseignement est tourné vers les victoires militaires et récits héroïques. Cité par Nouvelle Calédonie 1ère, un médecin d’origine vietnamienne, arrivé récemment en Australie, raconte que «la plupart du temps, on nous disait que le Viet Cong – enfin, ce que l'on appelle le Viet Cong ici, mais qu'ils appellent là-bas le Front national de libération du Sud-Vietnam – avait remporté toutes les batailles. On ne nous présentait pratiquement pas d'exemples de défaite. Et ça a façonné l'image que beaucoup se font de la guerre.»

Mais cet enseignement peut se révéler problématique pour certains. Héritier de deux cultures, un autre émigré d’origine vietnamienne installé en Australie est partagé. Il s’interroge : «Quand on parle de la guerre au Vietnam, on parle des centaines de milliers de morts et ça me met dans une situation difficile : est-ce que je devrais célébrer la perte des membres de ma famille ou est-ce qu'il faut que j'accepte ce qui est célébré en Australie?»

Par Marc Taubert - France TV Info - 20 Août 2016