Selon des organisations de protection des droits de l’homme, la torture dans des enceintes militaires est une pratique routinière. Mais les accusés ne sont pas les militaires accusés de torture ; ce sont au contraire ceux qui ont rendu publiques ces allégations de mauvais traitements.

Trois organisations thaïlandaises de protection des droits de l’homme publient un rapport en début d’année. Ce texte recense 54 cas de torture dans des camps militaires ces dix dernières années. Il s’appuie sur des témoignages précis, mais l’identité des victimes n’est pas mentionnée, afin de les protéger.

La junte au pouvoir n’a pas du tout apprécié cette publication. L’armée a intenté un procès aux directeurs de ces trois ONG pour diffamation et violation de la loi informatique. Ce que les militaires reprochent surtout à ces militants, c'est d’avoir refusé de leur donner les noms des victimes. Pour les défenseurs des droits de l'homme, si l'identité des victimes est révélée, les militaires iront immédiatement les menacer.

Une jeune femme en procès pour avoir parlé de la mort de son oncle

Une seconde affaire judiciaire concerne la mort d’un conscrit dans un camp militaire suite aux mauvais traitements de plusieurs soldats. Des soldats eux-mêmes sont donc aussi victimes de ces tortures. C’est même une pratique relativement répandue dans les camps militaires en Thaïlande : un élément indiscipliné sera l’objet de sévices sur ordre de certains officiers.

Dans le cas actuellement traité par la justice, il s’agissait d’un conscrit qui s’était enfui du camp militaire parce qu’il trouvait l’entraînement trop dur. Quand il a été rattrapé, un sous-lieutenant a ordonné à neuf soldats de le maltraiter physiquement. Le conscrit a été frappé à la tête et dans la poitrine. Puis il a été battu avec une canne en bambou. Il a été ensuite traîné, nu, sur une surface en béton.

Ensuite, les soldats ont mis du sel sur ses plaies pour augmenter la douleur, et le conscrit est finalement mort de ses blessures quatre jours après. C’est sa nièce qui a rendu publique cette affaire. Et l’armée, qui a pourtant reconnu les faits dans un rapport interne, a intenté un procès en diffamation contre cette jeune femme quand elle a commencé à parler de ce cas dans les médias.

Cela veut-il dire que les militaires échappent aux lois en Thaïlande ? Si l’on prend le cas de la mort du conscrit, l’armée a accepté de payer environ 150 000 euros de compensation à la famille de la victime. Mais aucun des neuf soldats impliqués dans les actes de torture, ni d’ailleurs l’officier qui a ordonné les mauvais traitements, n’ont comparu devant des tribunaux.

La torture, une idée acceptable dans les milieux militaires en Thaïlande

En Thaïlande, les militaires sont un Etat dans l’Etat. Les lois générales ne s’appliquent à eux que si le commandement militaire l’accepte. En fait, les militaires échappent aux lois pénales dans la plupart des circonstances. Et cela par le simple fait qu’une clause d’immunité juridique est très souvent ajoutée aux lois concernant les actions des militaires.

S’ils agissent, comme le stipulent les lois, dans le cadre de l’exercice de leurs devoirs et de bonne foi, ils sont exonérés de toute poursuite judiciaire. Or, ce sont les chefs militaires eux-mêmes qui décident de l’interprétation de ce qui constitue l’exercice du devoir. Et la réalité est tout simplement que les pratiques de torture sont considérées comme acceptables dans les milieux militaires dans ce pays.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 22 Août 2016