La personne tuée mardi est une civile thaïlandaise de 34 ans qui se trouvait à proximité de l’hôtel Southern View, visé par l’attentat survenu dans un quartier animé de la capitale de la province de Pattani. D’après les hôpitaux, aucun étranger ne figure parmi les personnes blessées, dont cinq se trouvent dans un état grave. Selon la police, l’établissement a été fortement endommagé par la déflagration.

Une première bombe, de moindre intensité, avait explosé un peu plus tôt devant un bar situé près de l’hôtel, semant la panique dans cette zone où se trouvent bars à karaoké, salons de massage et restaurants. L’explosion de la deuxième bombe, meurtrière, placée dans une voiture, a visé l’entrée de l’hôtel 45 minutes plus tard.

Pattani, une des trois provinces où est active une rébellion musulmane locale, n’est pas touristique et n’attire que très peu de non-Thaïlandais. Les autorités essayent néanmoins d’y promouvoir le tourisme.

Changement de stratégie des séparatistes

Les attaques à la bombe sont fréquentes dans cette région du pays. Elles sont habituellement non revendiquées, mais attribuées aux insurgés indépendantistes. Les attentats à la voiture piégée sont moins fréquents. L’attentat de mardi est le plus important depuis ceux des 11 et 12 août, qui avaient fait quatre morts et des dizaines de blessés.

Embuscades contre des patrouilles de l’armée thaïlandaise et assassinats d’enseignants bouddhistes y sont le lot quotidien dans cette région, après plus d’une décennie d’affrontements ayant fait des milliers de morts, notamment des civils. Les musulmans locaux revendiquent plus d’autonomie pour cette zone frontalière de la Malaisie, qui n’a été rattachée à la Thaïlande qu’au début du XXe siècle.

La police a pointé du doigt cette semaine la piste des rebelles de l’extrême sud du pays pour les attaques des stations balnéaires du début du mois. Les enquêteurs ont récemment perquisitionné une école islamique dans la province de Narathiwat, voisine de celle de Pattani, où certains des suspects auraient étudié. Si cette hypothèse se confirmait, ce serait le signe d’un changement de stratégie sans précédent des séparatistes Cet élargissement de leur terrain d’action toucherait le point faible du régime militaire : le tourisme, qui représente 10 % du PIB d’une économie atone.

Depuis le coup d’Etat de mai 2014 et l’établissement d’une junte militaire à Bangkok, les négociations de paix avec les insurgés sont au point mort.

Le Monde avec Agence France Presse - 24 Août 2016