Cela s’est passé en juin dernier dans le nord du pays, dans l’Etat Shan, en proie à une rébellion ethnique.

En juin dernier, cinq villageois avaient été arrêtés dans leurs fermes par des militaires à Mong Yaw dans la région de Lashio, dans l'Etat Shan. Leurs corps ont été retrouvés le lendemain, enterrés dans un champ de maïs. Lors du procès en Cour martiale, les sept militaires, dont une majorité de gradés, ont avoué les meurtres, l’un d’entre eux précisant qu’il avait forcé les victimes à revêtir des uniformes de rebelles avant de les tuer. L’Etat Shan est la région de Birmanie qui présente la plus grande concentration de mouvements ethniques armés.

Exceptionnellement, le procès était ouvert au public. Avec cette condamnation, les militaires semblent vouloir rassurer le pays et la communauté internationale, après des décennies de dictature et une transition qui a abouti il y a quelques mois à l’arrivée au pouvoir du parti d’Aung San Suu Kyi.

La Prix Nobel de la paix a fait du règlement de la question ethnique la priorité du nouveau gouvernement, mais pour cela il faut que les militaires fassent preuve de bonne volonté.

Dans sa lutte contre les rébellions ethniques, l’armée birmane est régulièrement accusée de détenir, torturer et tuer des civils accusés de soutenir les rebelles. Des meurtres jusqu’ici commis en toute impunité : l’an dernier, plusieurs soldats ont été accusés d’avoir violé et tué deux membres de l’ethnie Kachin. Aucun d’entre eux n’a été inquiété.

Radio France Internationale - 16 Septembre 2016


Birmanie: les militaires, premiers bénéficiaires de la levée des sanctions

Barack Obama a annoncé mercredi 14 septembre à Washington, en présence d'Aung San Suu Kyi, la levée prochaine des sanctions économiques visant la Birmanie, pays qui a effectué une transition démocratique spectaculaire après des décennies d'isolement. Et cette levée des sanctions va bénéficier principalement aux milieux d’affaires et aux proches des militaires.

La levée prochaine des sanctions est un cadeau fait aux militaires. En effet, ces derniers contrôlent de larges pans de l’économie birmane, notamment les secteurs exportateurs des industries extractives, les hydrocarbures et les pierres précieuses. Des secteurs qui vont se développer lorsque les sanctions économiques américaines seront effectivement levées.

Aung San Suu Kyi, la chef de la diplomatie birmane, fait ce cadeau à l’armée car elle a besoin de son soutien politique en retour, notamment pour mener à bien ses réformes pro-démocratiques. Les militaires disposent du droit de veto au Parlement et elle doit donc les courtiser.

Aung San Suu Kyi adopte cette stratégie depuis son retour sur la scène politique en 2012. Elle n’attend pas que l’armée fasse preuve de bonne volonté en matière de démocratisation, mais elle prend les devants en lui accordant ce privilège, quitte à irriter les défenseurs des droits de l’homme. Ces derniers ne veulent pas récompenser trop tôt les militaires qui sont accusés de graves violations des droits fondamentaux, notamment dans le nord du pays.

Ces défenseurs des droits humains n’ont pas pour habitude de critiquer Aung San Suu Kyi, mais ils regrettent de plus en plus ouvertement que la conseillère d’Etat donne la priorité à sa relation avec l’armée, qui a très mauvaise réputation en Birmanie.

« On priorise le business aux droits de l’homme »

Pour Cécile Harl, présidente de l'association Info Birmanie, cette demande de levée des sanctions intervient trop tôt, car les militaires conservent une part importante du pouvoir.

« La Birmanie doit encore avoir des pressions de la communauté internationale extrêmement fortes, estime-t-elle. Car les déplacés internes sont extrêmement nombreux, la minorité des Rogingyas continue d’être persécutée, l’armée birmane poursuit ses exactions contre les civils, les femmes sont systématiquement exclues des pourparlers de paix et l’accès aux libertés fondamentales de milliers de personnes n’est pas assuré. On avait déjà allégé les sanctions en 2012, et là, il est trop tôt pour alléger les sanctions qui visent finalement les personnes qui, sous la junte militaire, faisaient du business et qui ont réussi à obtenir énormément d’argent sur le dos de la population birmane. »

« C’est surtout un intérêt économique, constate Cécile Harl. Nous, c’est ce qu’on reproche à cette levée de sanctions. Finalement, on priorise le business aux droits de l’homme. L’objectif du gouvernement américain, en levant ces sanctions, c’est finalement de faciliter les investissements américains en Birmanie. Ce n’est absolument pas saluer les efforts qui ont été faits. C’est donc dans un intérêt propre et qui est surtout économique malheureusement. »

Par Rémy Favre - Radio France Internationale - 15 Septembre 2016