Ce petit royaume offre des conditions de vie confortables, mais la carte postale peut avoir ses revers.

« Pour la première fois de ma vie, je peux être en short en hiver, c’est formidable ! », s’enthousiasme Jean-Louis, ancien dépanneur vendéen de 79 ans, à la terrasse de la boulangerie française de Sihanoukville, la plus grande station balnéaire du sud-ouest du pays. Après deux voyages tests, avec son épouse Mireille, ils ont choisi le Cambodge où ils ont rejoint leur fils Didier.

« On n’en pouvait plus : avec 2 200 € de retraite par mois à deux, une fois payé l’eau, l’électricité, et la nourriture, il ne restait rien ! Et puis, on a été très touchés par la tuerie du Bataclan, le climat d’insécurité », rapporte sa femme, 77 ans, ex-employée de mairie.

Leur quotidien est semblable à celui qu’ils avaient en France : réveil à 9 heures, télé, sieste, balade. Et en plus, des sorties au restaurant à volonté ainsi que des baignades dans une eau rarement à moins de 27 degrés. Ils vivent « à la khmère », dans une grande villa blanche, regroupant trois générations : leur fils et son épouse cambodgienne, leurs deux petits-enfants de 6 et 7 ans et une partie de la belle-famille.

Les étrangers peuvent accéder à la propriété

Au Cambodge, 20 % des 4 757 expatriés inscrits au registre de l’ambassade de France sont des seniors, mais dans les faits, ils seraient le double, beaucoup n’étant pas enregistrés. Pour les attirer, le gouvernement cambodgien vient d’annoncer la création d’un tout nouveau visa (ER), d’un an renouvelable qui leur serait dédié. Les regroupements familiaux restant rares, les cas les plus courants concernent des hommes seuls, veufs ou divorcés, ou en quête d’aventure. À l’image de Bernard. Avec son cabanon aux volets azur et son fort accent méridional, il s’est recréé une petite Méditerranée à Sihanoukville.

Bernard a posé ses bagages dans le royaume après des expériences à Madagascar et au Vietnam. « Les Khmers sont plus accueillants, et ici on peut acheter : tout est à mon nom », explique-t-il. Contrairement aux pays voisins, la loi garantit aux étrangers l’accès à la propriété dans des appartements en résidence, ainsi que le droit de créer une entreprise.

Avec sa retraite mensuelle de 2 000 €, cet ancien agent de maîtrise vit « large » et profite pleinement de sa passion pour la mer. Capitaine d’un bateau, il s’est lancé il y a quatre ans dans la production d’huîtres fines de claires. Une activité qui peut lui rapporter jusqu’à 250 € les bons mois. « Tant que j’ai la santé, ça m’occupe, ça me permet de rencontrer du monde, et puis ça nourrit deux familles », trois enfants issus d’une précédente union et celle de Sokrea, sa compagne âgée de 30 ans. La moitié des retraités repartent au bout de trois ans

Cela étant, « il vaut mieux être en bonne santé quand on est retraité au Cambodge », prévient le docteur Patrick Galmiche, médecin généraliste retraité, qui exerce toujours à Phnom Penh. Avec ses infrastructures vieillissantes, le système de santé public n’inspire pas confiance, et c’est généralement vers le privé que les expatriés se tournent. « Une opération peut coûter entre 12 000 et 18 000 €. Comme ce n’est pas remboursé, et que de nombreux expatriés ne prennent pas d’assurance, je vois régulièrement des drames », confie-t-il.

En cas d’urgence, des associations telles que l’AEFC (Association d’entraide des Français du Cambodge) peuvent apporter un soutien financier. « Certains arrivent ici avec une image paradisiaque en tête, mais à la suite de problèmes de santé, de cœur, d’affaires ou de corruption, ils peuvent se retrouver sans rien ! », déplore Christian, le responsable. Selon ses statiques, la moitié des retraités repartent au bout de trois ans. « De la souplesse d’esprit, des économies, un métier, un vrai intérêt pour la culture locale », voilà ce que recommande Christian avant de prendre un billet pour une autre vie.

Les retraités français s’expatrient de plus en plus

Plus d’un million de Français, seniors ou retraités, vivent à l’étranger. Ils n’y passent pas seulement des vacances mais y séjournent parfois à temps plein. En cinq ans, leur nombre a plus que doublé.

Outre l’Europe ou les pays du Maghreb, les destinations de retraite sont de plus en plus exotiques : Madagascar, la Thaïlande ou le Brésil sont en pleine expansion.

Si le Maroc reste la destination privilégiée de 50 000 Français, le Portugal attire de plus en plus car les pensions de retraite du secteur privé sont exonérées d’impôt si les retraités séjournent plus de 183 jours dans le pays.

Par Eléonore Sok-Halkovich - La Croix - 14 Septembre 2016