Si le mythique deux-roues a peu à peu déserté l’Hexagone, il n’en reste pas moins vivant dans le souvenir de plusieurs générations de lycéens… Et dans les rues de Hanoï, au Vietnam, où quelques irréductibles font survivre la légende.

Au petit matin sur les rives du lac de l’Ouest, un étrange groupe de grands-pères au style impeccable est au beau milieu d’une discussion animée. Au centre de leur attention trône une Peugeot 103 méticuleusement restaurée de plus de quarante ans.

Sortie de nulle part, se faufilant dans le flux incessant des scooters, une autre de ces antiques « mob » rejoint lentement le groupe, crachant derrière elle un large panache de fumée bleue, sous le regard admiratif des autres collectionneurs. Chacun vient exposer là son petit bijou : antiques Mobylette, Motobécane, Solex, Vespa, tous restaurés à l’identique. Et, bien entendu, la mythique 103, qui n’a pas dit son dernier mot.

« Regarde ! J’ai trouvé de vrais pneus Michelin d’origine ! » s’extasie M. Quy, l’élégant grand-père qui, d’un coup de pédale, fait vrombir le moteur, l’air satisfait, sous le regard approbateur de ses copains.

Dans la capitale vietnamienne, vélos et cyclomoteurs ont été remplacés depuis bien longtemps par des scooters plus confortables, mais pour une poignée de passionnés, l’indestructible « meule » mérite bien qu’on la conduise avec fierté autour du lac.

Apparue dans les années 1950 au Vietnam

Cet inoubliable et mythique deux-roues est apparu pour la première fois dans les années 1950 au Vietnam, principalement entre les mains de diplomates ou de familles fortunées. Avec son petit moteur monocylindre à deux temps de 49,1 centimètres cubes, la 103 française de Peugeot ne dépasse pas les 45 km/h malgré un compteur de vitesse plutôt optimiste.

Dans son pays d’origine, la 103 a également disparu peu à peu, ici aussi démodée par le scooter, mais pour plusieurs générations de lycéens, le souvenir de cette « mini-moto » est intact. Vincent, un père de famille de 35 ans vivant dans le nord de la France se souvient avec nostalgie de sa première « mob », qu’il a eu à l’âge de 14 ans : « On avait constamment les mains dans le moteur, tout était bon pour vitaminer nos bécanes : changer le carbu’, installer un kit Polini, remplacer le pot d’échappement original par quelque chose de plus bruyant… »

Pas peu fier, il a racheté il y a quelques mois ce symbole d’indépendance de sa jeunesse, dont il connaît encore par cœur chaque recoin du moteur, histoire de retrouver les vibrations d’antan.

Très cher véhicule de collection

À 10 000 km de là, à Hanoï, la mythique 103 a coûté une bouchée de pain à M. Son, mais elle est aujourd’hui devenue une pièce de collection : « En moyenne, le prix d’une 103 en bon état varie entre 3 000 et 3 500 dollars », explique le vieux mécanicien de 70 ans – dont quarante passés les mains dans le cambouis.

Dans un quartier populaire de Hanoï, ce vétéran de l’armée vietnamienne répare, restaure et reconstruit à l’identique la célèbre « meule » à partir de dizaines de cadres rouillés, blocs moteurs, phares, chromes, roues et pots d’échappement entassés jusqu’au plafond de la minuscule échoppe.

Malgré la mécanique simple de l’engin, il est difficile de trouver des experts comme M. Son dans la ville et les quelques heureux propriétaires de 103 sont prêts à payer le prix pour entretenir leur bijou de famille.

« J’ai hérité la mienne de mon père », explique Hoan, une jeune femme assise sur un trottoir, tout en observant un mécanicien de rue s’occuper de son deux-roues. Sa mob, Hoan pourrait en parler pendant des heures. Elle fait partie de cette jeunesse branchée de Hanoï qui cultive, comme en France, un goût certain pour le vintage.

Et c’est sans doute ce qui pourrait sauver la 103 de l’oubli, car même si la dernière ligne de production asiatique devrait cesser dans les mois à venir, il est fort à parier que la mode du « old school » permettra à la légende de survivre encore longtemps…

Par Xavier Bourgois - Ouest France - 19 Septembre 2016